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L'eau de Grenoble : un pacte de corruption

Les Grenoblois ont trinqué !

1990-1995 : Alain CARIGNON corrompu, les usagers ont payé des impôts cachés et ses cadeaux

 

Augmentations programmées des tarifs : + 56 % en cinq ans

Les années CARIGNON : prix de 1 m3 d'eau y compris partie fixe à Grenoble (1990-1995) : + 56 %

 

Selon Alain CARIGNON, « [c'était] conforme à l'intérêt général... »
 

« La concession du service de l'eau de la ville de Grenoble a été attribuée par [le maire] Alain CARIGNON à la société COGESE (...) uniquement parce qu'elle était en mesure de [lui] procurer les dons et avantages personnels promis ; [par ailleurs] la chambre régionale des comptes [conclut en 1995 que] la commune a accepté de fournir au concessionnaire des moyens beaucoup plus importants que ceux employés auparavant et [qu']elle a consenti à ce que les usagers supportent au bénéfice de la société COGESE des augmentations de tarifs programmées à l'avance et non justifiées dans les contrats conclus ; (...) les agissements des prévenus sont en lien avec [les] augmentations de tarifs. » (cour de cassation du 08 avril 1999).

En contrepartie du droit d'exploiter les services d'eau et d'assainissement de la ville de Grenoble, la société COGESE s'était engagée à effectuer au profit à la commune, pendant les vingt cinq années de la délégation (1989-2014), des versements qui auraient dû s'élever à 110 millions d'euros (724 millions de francs) selon les estimations de la chambre régionale des comptes dans sa lettre d'observations définitives du 24 novembre 1995. Cette somme intégrant en particulier une contribution spéciale équivalente aux annuités d'un prêt de 18,3 millions d'euros (120 millions de francs) d'une durée de 15 ans au taux de 9,1 % dont Alain CARIGNON s'était félicité de disposer, lors du conseil municipal du 13 juillet 1989, pour « [les mettre] sur le terrain des Grenoblois [et faire] ce qui est conforme à l'intérêt général. » Dans cette même lettre d'observations définitives, quelques paragraphes plus loin, la chambre régionale des comptes a démontré que de son côté, la société COGESE aurait dû encaisser pendant cette période 153,8 millions d'euros (1,009 milliard de francs)...
Au final, les versements de la société COGESE à la commune auraient dû être supérieurs aux recettes qui les auraient financé pendant les onze premières années du contrat. A partir de la douzième année cette situation se serait inversée grâce à l'augmentation programmée des tarifs. La ville avait en effet accepté, par convention, de procurer à la société COGESE des moyens financiers beaucoup plus importants que ceux avec lesquels elle avait fait fonctionner ses services avant 1989 où la gestion était assurée en régie. Pour l'eau, le prix de base du mètre cube a ainsi été fixé à un niveau supérieur à celui qui s'appliquait avant la délégation et il a augmenté rapidement du fait des clauses de révision. De plus, bien que la convention n'ait été conclue que le 3 novembre 1989, les tarifs ont été définis... dès le 1er janvier 1989, avec une première révision le 1er juillet 1989 ! Autre exemple : 3 millions d'euros ont été surfacturé à cause de la facturation rétroactive. Les abonnements, eux, ont été facturé chaque semestre (contre chaque année du temps de la régie) et leur montant a doublé ! "Grâce" à cela, le prix du mètre cube d'eau s'est envolé de 56 % pendant les cinq premières années de la délégation. En ce qui concerne l'assainissement, des méthodes similaires ont été utilisées... Et bien sûr, la société COGESE prévoyait de se rembourser sur le dos des usagers les cadeaux de la corruption offerts clandestinement à Alain CARIGNON entre 1984 et 1993 : 2,9 millions d'euros de voyages en avion taxi, appartement de 280 m2 à Paris, leçons d'anglais, croisière de luxe en Méditerranée et renflouement de son groupe de presse DAUPHINÉ NEWS (journaux Dauphiné News et News Gratuit).
Entre 1990 et 1995, les Grenoblois ont consommé de moins en moins d'eau. Pour préserver un bien essentiel à la vie ou en réaction à l'envolée des tarifs ?

Alain CARIGNON a créé des impôts cachés : l'usager payait à la place du contribuable

« Considérant qu'il ressort (...) des constatations de fait opérées dans le cadre de la procédure pénale ayant donné lieu à l'arrêt du 9 juillet 1996, par lequel la cour d'appel de Lyon a jugé, notamment, que les contrats signés par le maire de Grenoble [Alain CARIGNON] le 3 novembre 1989, en exécution de la délibération attaquée [du 30 octobre 1989], étaient la contrepartie de délits d'abus de biens sociaux, que les motifs réels de la délibération attaquée ont été dissimulés aux membres du conseil municipal et que l'information fournie à ceux-ci a été de nature à les induire en erreur sur la portée des contrats soumis à délibération. » (arrêt du conseil d'État du 1er octobre 1997)

 
En conclusion de sa lettre d'observations définitives du 24 novembre 1995, la chambre régionale des comptes a souligné le déséquilibre manifeste et la sécurité juridique menacée des contrats eau et assainissement de 1989 qui ont organisé pendant cinq ans (1990-1995) les relations entre les usagers, la ville de Grenoble (donc les contribuables) et la société COGESE. Pour les magistrats, « [la délégation] a été utilisée comme un instrument permettant à la commune de se procurer les fonds dont elle avait besoin pour redresser en réalité sa situation financière propre. » Il est vrai qu'à l'époque, les finances locales montraient des signes inquiétants. Les sommes que la société COGESE devait verser à la ville pendant vingt cinq ans correspondaient en réalité à des rétrocessions de recettes. Or ce faisant, des ressources qui ne devaient être utilisées que pour couvrir les charges des services d'eau et d'assainissement ont été transférées au budget principal. En mai 1999, sur requête d'un usager, le tribunal administratif de Grenoble a conclu que « les sommes (...) n'étaient pas destinées à couvrir des dépenses des services de l'eau et de l'assainissement (...) ces dépenses sont répercutées sur le tarif payé par les usagers. » Ce jugement a eu pour effet d'annuler tous les tarifs facturés aux usagers entre 1990 et 1995...
Les impôts cachés étaient d'autant plus injustes que même les usagers les plus pauvres ont dû honorer leurs factures d'eau ; l'impôt, lui, dépend des ressources des contribuables et les plus riches payent pour les plus pauvres.
Peut-être était-ce cela qu'Alain CARIGNON jugeait « conforme à l'intérêt général ? »

 

Facturation rétroactive illégale : 3 millions d'euros surfacturés aux usagers

Les années CARIGNON : facturation rétroactive : 3 millions d'euros surfacturés aux usagers à Grenoble (1990-1995)

 

Des factures établies après l'augmentation tarifaire
La facturation rétroactive (on dit aussi rétroactivité des tarifs) est une méthode illégale de facturation d'un bien ou d'un service au consommateur. Dans l'affaire CARIGNON, elle consistait à faire payer l'eau au prix en vigueur au moment où la facture était établie (c'est à dire après l'augmentation annuelle ou semestrielle...) et non pas au prix en vigueur au moment où l'eau avait été consommée. Elle a été mise en oeuvre par la société COGESE dès la signature du contrat de délégation des eaux de Grenoble, fin 1989, et a été appliquée jusqu'en 1995, date à laquelle cette société a été remplacée par la nouvelle société SEG suite au changement de municipalité et à l'éclatement de l'affaire CARIGNON...

Les petits ruisseaux font les grandes rivières : 3 millions d'euros surfacturés !
Les estimations ont chiffré à 3 millions d'euros (21 millions de francs à l'époque) le préjudice subi par les usagers, dont 300 000 euros pour les plus défavorisés d'entre eux, locataires de l'OPALE (Office Public d'Aménagement de Logement et d'Espace - office HLM, Habitation à Loyer Modéré). La société COGESE changeait les tarifs semestriellement au 1er janvier et 1er juillet. Elle avait divisé le territoire de la ville en dix secteurs sous prétexte d'étaler la facturation tout au long de l'année. L'application d'une tarification rétroactive se traduisait donc par la création de dix tarifs différents selon le lot de facturation (un lot de facturation désignant un secteur compte tenu de sa date de relevé des compteurs).
Résultat ? Quelques centimes d'euros d'écarts... qu'il faut multiplier par le nombre de m3 d'eau consommé. C'est bien connu : les petits ruisseaux font les grandes rivières !

La justice a condamné définitivement la facturation rétroactive
Un usager grenoblois a fait condamner la société COGESE. En mars 1999, le tribunal d'instance de Grenoble a insisté sur « l'obligation de conseil [et l']exécution contractuelle de bonne foi » qui s'imposaient à la société. Le jugement a été confirmé en cassation en novembre 2001. L'usager a obtenu le remboursement des 50,36 euros (330,31 francs à l'époque) trop perçus !

 

Et depuis 1995 ? Les usagers sont mieux traités

Eau de Grenoble (1990-2005) : évolution du prix de l'eau et du montant des investissements, comparaison entre les distributeurs d'eau (COGESE : corruption d'Alain CARIGNON, SEG : remunicipalisation, REG : retour en régie)

 

1990-1995 : Les années COGESE (corruption)
Pendant ces années-là, si le prix de l'eau s'est envolé de 56 %, en revanche, les investissements ont stagné.
La chambre régionale des comptes (lettre d'observations définitives du 24 novembre 1995) a apporté une réponse très claire là-dessus : « Lors de la modification de leur mode de gestion [le 03 novembre 1989], les deux services de l'eau et de l'assainissement disposaient d'équipements en bon état. De ce fait, à la différence de ce qui a pu être fait ailleurs, la décision d'en confier la gestion à [la société COGESE] et, corollairement, l'augmentation des tarifs programmée par les deux contrats ne trouvaient pas a priori leur justification dans la nécessité de remettre à niveau les équipements affermés et de réaliser à cette fin de très lourds investissements. »
Effectivement, Alain CARIGNON avait délégué le service des eaux de Grenoble dans le seul but de se procurer des dons et avantages personnels d'un montant de 2,9 millions d'euros !

1995-2000 : Les années SEG (remunicipalisation)
Après l'éclatement de l'affaire CARIGNON et les élections de 1995, la nouvelle municipalité a remplacé la société COGESE par une société d'économie mixte, la SEG. Un long processus s'est engagé pour tourner la page de la corruption. Les tarifs ont été stabilisés et les réseaux ont recommencé à être modernisés.
Cette étape a été marquée par l'intervention de la justice administrative qui a annulé l'ensemble des tarifs (eau et assainissement) facturés aux usagers entre 1990 et 1998, de sorte que le prix de l'eau est resté inchangé entre 1998 et 2001.

2000-? : Les années REG (retour en régie)
Après dix ans de lutte, de la fin 1989 jusqu'au début des années 2000, le conseil municipal a voté à 46 voix pour et 10 absentions la création d'une régie, comme avant 1989. La REG marque un véritable retour à la gestion publique, à la transparence et à la légalité, après des années de lutte contre les mensonges et la clandestinité. Le retour en régie s'est traduit par une forte progression des investissements (amélioration du réseau), affectant les tarifs.
La page de la corruption est enfin tournée. Qu'adviendra t-il si Alain CARIGNON redevient maire de Grenoble ?

 

Eau de Grenoble : prix de 1 m3 euros constants 2006 (consommation et part fixe sur 120 m3 - Abonnés domestiques) : la régie moins chère que le privé et les années CARIGNON (corruption)

 

 


Sources :

  • Lettre d'observations définitives du 24 novembre 1995 sur la gestion des services de l'eau et de l'assainissement de la commune de Grenoble (chambre régionale des comptes Rhônes-Alpes).
  • Facturation rétroactive : analyses d'Eau Secours (association des usagers de l'eau du bassin Rhône Méditerranée).
  • Prix du mètre cube d'eau et montant des investissements depuis 1990 : Régie des Eaux de Grenoble.