L'eau de Grenoble : un pacte de corruption
Chronologie des événements (1983-2003)
Jour après jour, les grandes dates de l'affaire CARIGNON
Des années de lutte contre les mensonges et la clandestinité.
Qu'adviendra t-il si Alain CARIGNON exerce un nouveau mandat électoral ?
11 mars 1983
Après la victoire de sa liste dès le premier tour (54 %), Alain
CARIGNON est élu maire de Grenoble par le conseil municipal, qui compte
46 élus de la majorité contre 13 pour l'opposition. La surprise
est immense. Le maire sortant, Hubert DUBEDOUT (gauche), est devancé d'environ
6 000 voix. Vote sanction après deux ans de socialisme de gouvernement
? Usure d'une équipe municipale après dix-huit ans d'expériences
locales parfois mitigées ? Changement des mentalités et d'une époque
qui consacre d'abord la réussite personnelle et l'argent ? Moyens démesurés
du jeune challenger de droite ? Très
peu de gens prennent conscience de la vraie dimension d'Alain CARIGNON. C'est
pourtant un homme politique hors du commun qui vient d'entrer en scène.
1er décembre 1984
Alain CARIGNON voyage en avion taxi grâce à la compagnie aérienne
SINAIR en effectuant un
aller retour Grenoble Turin. La facture de 9 362 francs est payée par
le groupe MERLIN, comme toutes les suivantes.
Entre le 1er décembre 1984 et le 18 mars 1993, Alain
CARIGNON effectuera 122 voyages d'un montant total de
1 949 306 francs, aux frais des sociétés
du groupe
MERLIN.
Il volera à tous moments de la journée,
ce qui lui permettra d'être présent dans plusieurs villes et d'affirmer
à la justice qu'ayant participé à telle manifestation,
cérémonie
ou inauguration, il ne pouvait être le bénéficiaire du vol
imputé. Il dira avoir effectué « quelques
déplacements politiques comme tous les hommes politiques le font [parce
que] c'étaient des vols faits dans le cadre de mon activité politique.
» Pour les destinations ensoleillés (Barcelone, Corse, Dubrovnik,
Malagua, Palma) il parlera de « deux vols
de trop. » Et
il prétendra :
« je ne savais pas que je voyageais sur le compte de Marc-Michel
MERLIN. » Enfin, pour une quarantaine de vols, il sera incapable de
fournir un document ou une explication valable prouvant qu'il n'en était
pas le bénéficiaire, se contentant de tout nier en bloc.
Ces subterfuges ne tromperont pas les magistrats (jugement du tribunal
correctionnel de Lyon du 16 novembre 1995) : « Il
n'est pas concevable que sur une période de dix ans, Alain CARIGNON ne
se soit pas posé la
moindre question sur l'origine des fonds qui permettaient de financer ses voyages.
(...) Est-il
acceptable qu'un ministre de la République
puisse voyager continuellement aux frais d'industriels et de groupes privés
? (...) Un homme politique aussi avisé que
Alain CARIGNON ne pouvait ignorer le trouble considérable causé dans
l'opinion publique par la loi d'amnistie de 1988 et aurait dû faire preuve
d'attention et de prudence à l'égard de ses financeurs. Il devait
refuser la prise en charge quasi systématique de ses voyages par les
industriels. »
Les magistrats de ce même tribunal souligneront que « beaucoup
avait été fait pour que les infractions ne puissent être
découvertes. » En effet, pratiquement aucun agenda, ni d'Alain
CARIGNON, ni de Marc-Michel MERLIN, ni de Jean-Claude J... n'a été retrouvé durant
l'information ; aucun manifeste passager (liste des passagers embarqués
sur un vol commercial, obligatoirement conservée pendant un certain délai
comme le prévoit la réglementation de l'aviation civile) n'a été conservé lorsqu'Alain
CARIGNON voyageait. Pour reconstituer l'ensemble des vols, les enquêteurs
du SRPJ auront pris en compte, outre les déclarations des témoins
(pilotes, secrétaires, etc.), les relèves d'heures de vol, les
comptes rendus d'équipages, les traces de règlement et notes de
frais des comptes chèques et cartes bancaires des prévenus, les
tableaux de protocole de la mairie de Grenoble et du conseil général
de l'Isère, etc. Devant l'accumulation des preuves et des témoignages,
les prévenus qui contestaient la réalité de ces voyages
finiront par les reconnaître, en partie.
15 janvier 1985
Alain CARIGNON se déplace avec les avions taxis de la compagnie
SINAIR, la facture de 25 412 francs est payée par le groupe MERLIN : Grenoble
Le Bourget, Le Bourget Strasbourg, Strasbourg Dôle, Dôle Le Bourget.
16 janvier 1985
Voyage en avion taxi d'Alain CARIGNON via la compagnie SINAIR aux frais du groupe MERLIN
: Paris Grenoble (8 025 francs).
19 janvier 1985
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Paris, Paris Grenoble (16 050 francs).
12 mai 1985
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Paris, Paris Grenoble (17 387 francs).
29 août 1985
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Dôle, Dôle Grenoble (8 025
francs).
26 septembre et 02 octobre 1985
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Barcelone, Barcelone Grenoble (18 725
francs + 18 725 francs).
08 octobre 1985
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Strasbourg, Strasbourg Le Bourget, Le
Bourget Grenoble (21 400 francs).
19 octobre 1985
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Grenoble (16 050
francs).
Pour prouver qu'il nétait pas le bénéficiaire de
ce vol, Alain CARIGNON, qui avait participé au congrès du RPR à Paris,
produira la photocopie d'un coupon de réduction SNCF. Mais les magistrats
estimeront que sa présence à Paris
en début de journée, puis à Grenoble en fin d'après
midi, excluait son déplacement en train (trop lent), et qu'il n'avait
pas forcément
pris le billet correspondant au coupon congrès.
24 octobre 1985
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Grenoble (18 387
francs).
Pour se défendre, Alain CARIGNON prétendra qu'il était à Grenoble
puisqu'un incendie s'était déclaré au palais des sports.
Mais sa présence (au demeurant incertaine) ne l'empêchera pas de prendre
ce vol, estimeront les magistrats.
29 novembre 1985
Un article de Patrick BONAZZA et Bruno SEZNEC paru dans l'Express indique
qu'Alain CARIGNON vient de trouver un appartement à Paris, dans
une partie des bureaux qu'occupait le maire de Bordeaux Jacques 016..., au
286, boulevard Saint-Germain. L'appartement est au 4° étage, il a
sept pièces
principales pour 280 m2.
Il est situé à proximité de l'assemblée nationale
et du siège du RPR. Alain CARIGNON voulait un appartement à Paris
pour ses besoins personnels et développer ses activités parisiennes
; il connaissait celui du boulevard Saint-Germain. A la fin de l'année
1985, il demandera à Marc-Michel
MERLIN de le lui acheter en lui précisant qu'en échange « [vous
ferez] partie de la compétition pour la concession du
service des eaux de la ville. » L'idée sera d'utiliser une
couverture juridique pour dissimuler les véritables occupants de l'appartement
; elle se concrétisera rapidement, en deux étapes.
La
première étape est celle de l'association
MODERNITÉ RÉGIONALE.
Le 14 janvier 1986, la société IMMOBILIÈRE DU BOULEVARD
SAINT-GERMAIN va
acheter l'appartement aux propriétaires de l'époque
pour 5 millions de francs,
majorés
de 706 108 francs (travaux, agencements) et de 356 022 francs (mobilier). Ce
sera son unique objet. Le capital de cette société (6 millions
de francs) est réparti
entre des membres de la famille de Marc-Michel MERLIN et sa SOCIÉTÉ DE
CONTRÔLE
MERLIN. De
leurs côtés,
Alain CARIGNON et Jean-Louis DUTARET vont créer le 18 février
1986 l'association MODERNITÉ RÉGIONALE,
le premier étant président, le second trésorier. La société de
Marc-Michel MERLIN louera donc l'appartement à l'association du maire
de Grenoble et de son complice avocat. Alain CARIGNON logera presque gratuitement
car si le loyer prévu
était de 32 000 francs par mois, pratiquement
aucun ne sera versé (il restera un arriéré de 726 800 francs
sur 1 026 800 francs à payer, somme au 31 décembre 1987).
Cette magouille risquant d'attirer l'attention
de l'administration fiscale, en raison de l'importance des loyers impayés,
les corrompus mettront en oeuvre la deuxième étape :
la société WHIP. Cette société écran est constituée
entre Jean-Louis DUTARET (qui en sera le dirigeant en fait), des membres de
sa famille et des proches d'Alain CARIGNON. Elle rachètera l'appartement
à l'IMMOBILIÈRE DU BOULEVARD SAINT-GERMAIN le 19 décembre
1988, pour un total de 7 609 000 francs (bien immeuble : 6 700 000 francs + bien
meuble : 300 000 francs + droits d'enregistrement et frais : 609 000 francs).
Pour financer l'acquisition Marc-Michel MERLIN s'adressera personnellement à sa
banque, la
LYONNAISE DE BANQUE, en menaçant de clôturer tous
ses comptes s'il n'était pas octroyé un prêt à la
WHIP, société pratiquement inconnue des banquiers (7 609 000 francs
au taux de 9,30 % remboursable en 15 ans). Les enquêteurs retrouveront
un document très suggestif de la banque : « Dossier délicat à caractère
politique - objectif : se faire couvrir les échéances en retard
sans faire de vagues et inciter le client à vendre pour qu'on se tire.
Ne pas faire de vagues. » Pour rembourser ce prêt, et
pour prendre en charge les salaires des collaborateurs de l'équipe parisienne
d'Alain CARIGNON, la WHIP facturera de
1988 à 1993 des honoraires fictifs de 9 373 060 francs à des sociétés
du groupe MERLIN et de 2 220 000 francs à la LYONNAISE DES EAUX.
Pour mener leur enquête, les enquêteurs interrogeront entre autres
témoins la concierge de l'immeuble, des voisins ou la décoratrice
pour l'aménagement intérieur, ils consulteront les notes de téléphone
et d'électricité pour savoir si l'appartement était régulièrement
occupé et par qui, ils retrouveront trace des courriers adressés à Alain
CARIGNON à l'adresse du 286, boulevard Saint-Germain, ils analyseront
l'utilité réelle
des prestations facturées par la WHIP,
etc. Tout ceci n'empêchera pas Alain CARIGNON d'affirmer devant la cour
d'appel de Lyon du 09 juillet 1996 : « [j'ignorais] que ce bien
avait été acquis dans des conditions
délictueuses. »
Thierry F... expliquera aux enquêteurs : « à plusieurs
reprises, j'ai dit à
Marc-Michel MERLIN que les prétentions d'Alain CARIGNON étaient
excessives. (...) Marc-Michel MERLIN me disait qu'il était important
pour la SDEI d'avoir le contrat de concession de la ville de Grenoble. »
03 décembre et 04 décembre 1985
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget le premier jour, Le Bourget
Grenoble le lendemain (9 362 francs + 9 362 francs).
Sa participation à la réunion du Club Perspective et Réalité dans
l'après
midi lui permettra de prendre l'avion à 21h.
05 décembre 1985
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Nantes, Nantes Grenoble (18 725 francs).
18 décembre 1985
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Grenoble (18 725
francs).
Sa participation à l'arbre de noël du personnel de la préfecture,
commençant à 14h30,
lui permettra de prendre l'avion à 17h25.
14 janvier 1986
La société IMMOBILIÈRE DU BOULEVARD SAINT-GERMAIN achète
l'appartement du 286, boulevard Saint-Germain à Paris, pour 5 millions
de francs (auxquels s'ajoutent 706 108 francs de travaux d'aménagement
et 356 002 francs de mobilier).
Le même jour, Alain CARIGNON voyage en avion taxi via la compagnie SINAIR aux frais du
groupe MERLIN : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Grenoble (18 725 francs).
11 février 1986
Immatriculation au registre du commerce et des sociétés de Lyon
de la société IMMOBILIÈRE DU BOULEVARD SAINT-GERMAIN, au
capital de 6 millions de francs, réparti entre les membres de la famille
MERLIN et la SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN. La société est
présidée par la tante de Marc-Michel MERLIN.
18 février 1986
 Alain CARIGNON, Jean-Louis DUTARET et Jean-François BOYER font une demande
de déclaration en préfecture pour fonder l'association MODERNITÉ RÉGIONALE.
Alain CARIGNON préside
cette association domiciliée au 286, boulevard Saint-Germain à Paris.
Jean-Louis DUTARET en est le trésorier. Son objet statutaire
est de « contribuer à l'émergence
d'authentiques structures régionales. »
Le
même jour, Alain CARIGNON voyage en avion taxi via la compagnie SINAIR
aux frais du groupe MERLIN : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Grenoble (18 725
francs).
19 février 1986
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Nevers, Nevers
Grenoble (20 062 francs).
26 février 1986
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Épinal, Épinal
Grenoble (18 725 francs).
05 mars 1986
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Bourges, Bourges
Grenoble (16 050 francs).
12 mars 1986
Un bail pour l'appartement du boulevard Saint-Germain est signé entre
Jean-Louis DUTARET et la société IMMOBILIÈRE DU BOULEVARD
SAINT-GERMAIN. L'enquête établira qu'il s'agissait d'un faux document
créé en
1988 par Jean-Louis DUTARET pour régulariser la situation.
16 mars 1986
Alain CARIGNON devient ministre de l'environnement sous le gouvernement de Jacques
CHIRAC.
20 mars 1986
Déclaration en préfecture de l'association
MODERNITÉ RÉGIONALE.
26 août 1986
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Nice, Nice Grenoble (13 375 francs).
19 septembre 1986
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget (9 362 francs).
Sa présence à Royan en milieu de
journée ne l'empêchera pas d'utiliser ce vol au départ
de Grenoble à 21h10.
26 septembre 1986
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Tours, Tours Grenoble (13 375 francs).
Sa participation à l’apéritif offert par Michèle POUGNAND n’étant nullement certaine.
1er octobre et 02 octobre 1986
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Épinal, Épinal
Grenoble, Grenoble Le Bourget, Le Bourget Grenoble le premier jour, Le Bourget
Grenoble le lendemain (24 075 francs + 9 362 francs).
Il présidera la conférence de l'eau dans l'après midi et
prendra l'avion à 20h55.
18 octobre 1986
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Ajaccio, Ajaccio
Grenoble (29 425 francs).
21 octobre 1986
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Ajaccio, Ajaccio Grenoble (21 400 francs).
22 octobre 1986
Alain CARIGNON en avion taxi : Le Bourget Grenoble (8 025 francs).
27 novembre, 1er décembre et 07 décembre
1986
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Grenoble (17 387
francs + 16 050 francs + 16 050 francs).
05 janvier 1987
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget (8 025 francs).
06 janvier 1987
Alain CARIGNON en avion taxi : Le Bourget Grenoble (9 362 francs).
17 avril et 20 avril 1987
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Ajaccio, Ajaccio Grenoble (13 375 francs
+ 16 050 francs).
10 mai 1987
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Béziers, Béziers Grenoble
(16 050 francs).
09 juillet 1987
La SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN règle une facture de
50 000 francs à Jean-Louis DUTARET (SCP DUTARET) pour ses démarches
dans le rachat du journal Minute en procédure de liquidation judiciaire.
08 août au 23 août 1987
 Alain CARIGNON et ses proches bénéficient d'une croisière
de luxe en méditerranée, sur la goélette Bohème II,
entièrement réglée par le groupe MERLIN (170 784
francs). Il se montre généreux avec les membres de l'équipage
et offre notamment un pourboire de 500 francs à la cuisinière de
bord. Il quittera le yacht quelques jours avant la fin de la croisière
et utilisera, aux frais du groupe MERLIN, un avion taxi de la compagnie aérienne SINAIR
parti de Grenoble à vide pour aller le chercher à Figari et le
ramener à Grenoble à 17h15
le 20 août 1987 (18 725 francs).
Septembre 1987
Dans les sous-sols du ministère de l'environnement, Alain CARIGNON demande à Marc-Michel
MERLIN (en présence de Jean-Louis DUTARET et de Jacqueline BON) de lui
acheter l'appartement du 286, boulevard Saint-Germain à Paris. Sans cela,
il risque de se faire écarter du marché de l'eau.
02 octobre 1987
Note portant la référence "PY/JK", rédigée
par Jean-Jacques PROMPSY et intitulée "ville de Grenoble" :
« Le maire de Grenoble [Alain CARIGNON] souhaite déléguer
la gestion de son service d'eau. Il lui faut pouvoir justifier de ce choix devant
l'opinion publique. » Cette note de travail aborde les moyens juridiques
permettant à la municipalité grenobloise de concéder le
service des eaux.
Le même jour, Jean-Jacques PROMPSY et Marc-Michel MERLIN dînent à la
Cour des Loges à Lyon et préparent le terrain pour le déjeuner
du lendemain.
03 octobre 1987
Déjeuner au pavillon du conseil général de l'Isère
entre Alain CARIGNON, Jean-Louis DUTARET, Patrick E..., Jérôme
MONOD,
Jean-Jacques PROMPSY, Marc-Michel MERLIN et Thierry F.... La discussion porte
sur la délégation du service des eaux de Grenoble. Il est arrêté le
principe d'une participation de 51 % pour la SDEI (groupe MERLIN) et 49 % pour
la LYONNAISE DES EAUX dans la future filiale commune qui sera chargée
de gérer le service (la société COGESE).
Préalablement au déjeuner, Jérôme MONOD propose
à Marc-Michel MERLIN, en échange de la participation
de la LYONNAISE DES EAUX dans le marché grenoblois, un partenariat
qui profiterait au groupe MERLIN. Jusque là, Marc-Michel MERLIN pensait
qu'il serait le seul à bénéficier de la délégation des
eaux de Grenoble ; Alain CARIGNON ne lui ayant révélé que
tardivement qu'il avait pris des engagements avec Jérôme MONOD.
Au cours de l'instruction, pour ne pas être accusés de corruption,
Jérôme MONOD, Jean-Jacques PROMPSY et Alain CARIGNON déclareront
que la décision de concéder le service des eaux de la ville de
Grenoble à la société COGESE avait été prise
après
les élections
municipales de mars 1989, et non lors de ce déjeuner dont ils n'avaient
gardé aucun
souvenir. Jean-Louis DUTARET situera le déjeuner en 1989. Alain CARIGNON affirmera n'avoir donné aucune directive pour que des
négociations aient lieu postérieurement et qu'il ignorait tout de telles négociations... Pour Jérôme MONOD, le déjeuner ne comportait pas d'ordre du jour défini et une discussion sur la délégation
des eaux de Grenoble lui semblait un thème ordinaire...
Les magistrats de la cour d'appel de Lyon du 09 juillet 1996 « [constateront],
pour la déplorer, la très grande mauvaise foi de certains des participants
[à ce] déjeuner qui, après en avoir nié l'existence,
ont prétendu, contre l'évidence, qu'il n'avait pas pour objet la
concession du service des eaux de la ville de Grenoble. »
07 octobre et 13 novembre 1987
Jean-Louis DUTARET, via sa SCP DUTARET, reçoit le versement de deux factures
de 50
000 francs chacune payées par la SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN
au titre de ses interventions dans les négociations sur le marché grenoblois
de l'eau : « Études des relations de prestation
de service entre la société et le service des eaux de Grenoble
ainsi que la mairie. »
30 octobre 1987
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Grenoble (16 050
francs).
La preuve que l'Union laitière de l'Isère
se soit réunie à cette date ne sera pas rapportée.
07 novembre et 08 novembre 1987
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Barcelone le premier jour, Barcelone
Grenoble le lendemain (10 700 francs + 10 700 francs).
En remettant une décoration à Rives en début d'après
midi, Alain CARIGNON pourra prendre l'avion pour Barcelone à 17h45.
03 décembre 1987
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Tours (9 362 francs).
04 décembre 1987
Un
protocole (non signé, mais faisant suite au déjeuner
du 03 octobre 1987) détermine les modalités de répartition
du capital entre les sociétés SDEI et LYONNAISE DES EAUX dans la future
filiale commune COGESE.
Le même jour, Alain CARIGNON voyage en avion taxi via la compagnie SINAIR aux frais du
groupe MERLIN : Tours Grenoble (9 362 francs).
15 décembre 1987
Réunion au ministère de l'environnement à Paris entre Alain
CARIGNON, Jean-Louis DUTARET, Patrick E..., Jean-Jacques PROMPSY et Marc-Michel
MERLIN. Alain CARIGNON estime plus opportun de
reporter la délégation des eaux de Grenoble après les élections
municipales de mars 1989.
Marc-Michel MERLIN assure à Alain
CARIGNON que « ses engagements seraient tenus. »
31 décembre 1987
L'association MODERNITÉ RÉGIONALE, locataire de l'appartement du
286, boulevard Saint-Germain à Paris (32 000 francs par mois), doit à la
société IMMOBILIÈRE
DE BOULEVARD SAINT-GERMAIN des retards
de loyers totalisant 1 026 800 francs. Entre 1989 et 1991, Jean-Louis DUTARET
versera 300 000 francs, ramenant les arriérés à 726 800
francs.
27 février 1988
Alain CARIGNON demande à Serge R... de s'entretenir avec lui à la
mairie de Grenoble pour discuter du financement des journaux Dauphiné News.
21 mars 1988
Suite à l'entretien du 27 février 1988, Serge R... confirme à Frédéric
MOUGEOLLE, envoyé par
Alain CARIGNON, qu'il est prêt à aider le maire de Grenoble à titre
personnel à hauteur de 1 million de francs pour financer Dauphiné News.
12 avril 1988
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Grenoble, Grenoble
Le Bourget (24 075 francs).
13 avril 1988
L'avion taxi qui a amené Alain CARIGNON à Paris la veille revient à vide
: Le Bourget Grenoble (8 025 francs). Alain CARIGNON empruntera la suite de
Jacques CHIRAC après avoir participé à son meeting au palais
des sports à Lyon.
10 mai 1988
Constitution de la société WHIP au 44, quai de Jemmapes à Paris.
C'est une société de lobbying ; son objet statutaire est de « représenter
et agir au nom de toutes personnes physiques ou morales, civiles ou administratives
tant sur le plan national qu'international aux fins de défendre les intérêts
de ces personnes dans la question de tous dossiers nécessitant un traitement
juridique, administratif, commercial ou institutionnel. » Son capital
de 250 000 francs est réparti entre Jean-Louis DUTARET,
des membres de sa famille et des proches d'Alain CARIGNON (le
commissaire aux comptes était l'oncle de Jean-Louis DUTARET,
l'expert-comptable, le frère de l'un des associés de son cabinet
d'avocats et le président du conseil d'administration, sa soeur
Claudine DUTARET épouse MEINNIER).
Juin 1988
Alain CARIGNON effectue plusieurs voyages (certains à vide) avec les avions
taxis de la compagnie SINAIR, aux frais du groupe MERLIN, entre Grenoble et Le Bourget,
pour un montant total de 73 559 francs.
Bien que parti pour Paris la veille, il sera présent à Grenoble
le 21 juin 1988, le jour de la fête de la musique.
23 juin 1988
La WHIP est immatriculée au registre du commerce et des sociétés
de Paris.
04 juillet 1988
Constitution à Grenoble
de la société HOLDING
DAUPHINÉ NEWS
au capital de 250 000 francs. Son président directeur général
est Frédéric
MOUGEOLLE (actionnaire principal).
Un document confidentiel
intitulé « Fiches
d'activités
G 89 » sera retrouvé par les enquêteurs. Il démontre
que dès 1987 est envisagée la création
d'un journal d'ambiance favorable à Alain CARIGNON et destiné
à valoriser son image, dans la perspective des futures échéances électorales.
Les témoins le confirmeront, tel
Patrick E... : « DAUPHINÉ NEWS
a bien été une
idée
conçue, lancée et suivie par Alain CARIGNON. (...) L'idée était
d'agir au second degré et de donner la parole à des personnes qui
lui étaient proches. (...) Compte tenu de ce que j'ai vu dans le cadre
de mes fonctions, je
ne peux pas avoir d'estime pour Alain CARIGNON. Je pense que l'ambition politique
nationale a été son moteur à n'importe quel prix. Il était
très préoccupé de son image et il y était poussé par
son entourage. Quant à Jean-Louis DUTARET c'était l'argent qui
l'animait. »
Au total, trois sociétés seront constituées,
désignées sous le nom du groupe DAUPHINÉ NEWS : HOLDING
DAUPHINÉ NEWS (maison mère),
DAUPHINÉ NEWS (constituée le 17 mars 1989 et publiant Dauphiné News,
du 15 octobre 1988 au 15 juin 1989, mensuel économique
« haut de gamme et snob destiné à un lectorat de cadres et professions
libérales », vendu 15 francs puis 18 francs)
et NEWS GRATUIT (constituée le 1er janvier 1989 et diffusant
News Mardi et News Vendredi, du 23 décembre
1988 au 28 avril 1989, à 150
000 exemplaires dans les boîtes aux lettres, gratuit bi-hebdomadaire à vocation
populaire). Le siège grenoblois des sociétés HOLDING DAUPHINÉ NEWS
et DAUPHINÉ NEWS sera transféré le 31 août et le 15
novembre 1990 à Paris où leur radiation sera rapidement demandée.
Alain CARIGNON sera le dirigeant en fait du groupe DAUPHINÉ NEWS. Les
magistrats noteront que lui seul « disposait de l'influence nécessaire
pour obtenir [des versements de plusieurs millions de francs par des entreprises
de la région pour lancer les publications]. » Il réussira
même à convaincre
le président directeur général de la société CAP
GÉMINI SOGETI, Serge R...,
« de contribuer personnellement (...) en versant un chèque de
1 million de francs [le 11 septembre 1988] » !
Mais
surtout, Alain CARIGNON rédigera de nombreuses notes manuscrites donnant
des directives sur les sujets à aborder
et l'esprit dans lequel les traiter ; il demandera
aussi les bons à tirer (BAT). En agissant ainsi, il
rabaissera le rédacteur en chef Frédéric MOUGEOLLE au rôle
de « subalterne
exécutant les ordres du maire. » Frédéric MOUGEOLLE
percevra des salaires et des frais de remboursement fictifs de 371 302 francs.
Ce groupe de presse rencontrera
des difficultés de
trésorerie très tôt ; elles iront
en s'aggravant. Pour éviter
un dépôt de bilan qui aurait terni la réputation d'Alain
CARIGNON, Jean-Jacques PROMPSY fera "racheter" pour zéro
franc (sans suivre les procédures habituelles de reprise d'entreprise
en vigueur à la LYONNAISE DES EAUX),
le 20 décembre
1989, la HOLDING DAUPHINÉ NEWS
par la société SERECOM. Constituée le lendemain, cette dernière
effectuait en outre un apport en compte courant de 5 360 000 francs entre le
09 janvier et le 17 septembre 1991. La société SERECOM (capital
de 5 400 000 francs, filiale de la société SEREPI elle-même
filiale de la société LYONNAISE DES EAUX) n'aura
aucun salarié et
ne dégagera
aucun chiffre d'affaires ; son unique objet étant d'éponger les
dettes du groupe de presse du maire de Grenoble. Le directeur
de la SERECOM, Louis BERA, exécutera
les directives de Jean-Jacques PROMPSY pour consolider sa situation
au sein de la société LYONNAISE DES EAUX.
"L'affaire DAUPHINÉ NEWS" a été à l'origine
de la découverte du pacte de corruption.
Les magistrats
du tribunal correctionnel de Lyon du 16 novembre 1995 la concluront ainsi : « Alain
CARIGNON s'est impliqué directement dans la réalisation
de DAUPHINÉ NEWS. Qu'un homme politique envoie à un rédacteur
en chef de journaux une note aussi détaillée comportant 18 instructions
(ou suggestions d'articles) lui demandant également l'envoi du BAT (bon à tirer)
n'est pas ordinaire ! (...) Jean-Jacques PROMPSY ne peut soutenir que la LYONNAISE
DES EAUX avait de justes raisons de renflouer (...) un
groupe qui n'avait plus de personnel. [Ce] groupe (...) ne représentait
aucun intérêt stratégique
pour la LYONNAISE DES EAUX, ou alors cette société est bien mal
gérée. »
22 juillet 1988
Jean-Louis DUTARET, par l'intermédiaire de sa SCP DUTARET, facture à la
SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN 100 000 francs au titre de son travail
pour l'acquisition de l'appartement du 286, boulevard Saint-Germain à Paris.
30 juillet au 06 août 1988
 Alain
CARIGNON et ses proches effectuent un voyage d'agrément à Dubrovnik
pour faire du bateau. Ils utilisent les avions taxis de la compagnie SINAIR aux
frais du groupe MERLIN (coût du transport aérien : 64 200 francs).
18 août 1988
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Figari, Figari Grenoble (18 725 francs).
11 septembre 1988
Serge R... fait un chèque de 1 million de francs à la HOLDING
DAUPHINÉ NEWS, tiré sur son compte personnel. Dans la foulée,
il signe une reconnaissance de dette et une remise de dette abandonnant sa créance.
25 septembre 1988
La société SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN entre dans le capital de la société WHIP.
1er octobre 1988
Les sociétés SDEI, SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN
et CABINET D'ÉTUDES MERLIN signent
un contrat de lobbying avec la société WHIP. Entre 1988 et 1993, le groupe MERLIN versera
9 373 060 francs correspondant à des prestations fictives.
04 octobre 1988
Les sociétés WHIP et IMMOBILIÈRE DU BOULEVARD SAINT-GERMAIN
concluent un compromis de vente pour l'appartement du 286, boulevard Saint-Germain à Paris.
15 octobre 1988
 Premier numéro du mensuel Dauphiné News dans les kiosques
grenoblois. L'éditorial de Frédéric MOUGEOLLE est : « "L'exigence
et la passion"
Nous vous proposons une première rencontre avec Dauphiné News.
C'est un événement. C'est aussi, pour toute notre équipe,
un rare privilège. Nous vous dévoilons, dans ce numéro,
un projet qui est le fruit d'une longue année de travail, de réflexion
et d'enthousiasme. Avec cette seule volonté de tracer les voies simples
et vraies du réalisme
de l'information. En réhabilitant le journalisme de l'immédiat,
du voisinage et de la convivialité.
(...)
Passion et exigence. Nous revendiquons ces deux comportements, sans provocation
et sans concession. Ils sont à la fois la grandeur et la servitude de
notre métier de journaliste. Ils sont aussi, nous en sommes convaincus,
nos meilleurs atouts.
(...) Notre volonté est claire : comprendre, expliquer, convaincre. Notre
méthode est simple : ouverture. (...) C'est pourquoi, désormais,
[les Isérois] trouveront le 15 de chaque mois Dauphiné News chez
leur marchand de journaux. »
Le même jour, Alain CARIGNON voyage en avion taxi via la compagnie SINAIR aux frais
du groupe MERLIN : Grenoble Ajaccio, Ajaccio Grenoble (16 050 francs).
19 octobre et 31 décembre 1988
Notes manuscrites d'Alain
CARIGNON à Frédéric MOUGEOLLE (copie à Véronique
K...) sur
le contenu des journaux du groupe DAUPHINÉ NEWS. Les instructions du maire
de Grenoble sont :
- des articles sur...
- « Le tunnel sous la Bastille désengorgera Grenoble. Inutile
de préciser la date de sa réalisation. Mais m'en donner le plan.
Me donner le BAT [bon à tirer] du papier et du plan. » (traité dans News
Vendredi n° 2 janvier 1989)
- « La ville est neutre » avec photo de DECAUX
avec « La
ville de Grenoble vous présente ses meilleurs voeux pour 1989. » Commentaire
: « Pour la première fois les voeux aux Grenoblois ne sont pas
signés du maire mais de la ville. Monsieur Alain CARIGNON a donné comme
consigne générale aux services de la ville d'être neutres
dans la période électorale qui va s'ouvrir. Une première
mesure : son nom n'est pas apparu sur les sucettes DECAUX pour présenter
ses voeux. Le maire a aussi chargé son secrétaire général
de remettre un document sur les finances de la ville à tous les candidats
aux municipales. » (traité dans News Vendredi n° 2
janvier 1989)
- « Le palais de justice va déménager : la justice se
modernise pour mieux accueillir les justiciables. Le palais de justice de la
place Saint-André (à situer, photo) trop petit, peu accessible,
servira à accueillir les nombreux congrès, les visiteurs étrangers,
sa cour intérieure servira à des spectacles, à des reconstitutions.
Les magistrats s'installeront à Europole dans une nouvelle cité judiciaire.
Monsieur Alain CARIGNON a entamé les négociations avec [le ministre
de la justice] Monsieur Pierre ARPAILLANGE qu'il a rencontré en décembre. » (traité dans News
Mardi n° 3)
- « Le musée de peinture et l'expo. » (traité dans News
Vendredi n° 4)
- « Mistral : le Club Revol a 20 ans ce jeudi 19 à 17h anniversaire. » (traité dans News
Vendredi n° 4)
- « Trophées d'Alpexpo. Peut-être avant des articles
sur leurs dirigeants ou les entreprises. » (traité dans News
Mardi n° 7 janvier 1989)
- des interviews sur...
- « Monsieur James MARKHAM correspondant permanent du New York Times à Paris
: les Grenoblois qui voyagent ont été étonnés de
lire quatre colonnes sur Grenoble et Monsieur Alain CARIGNON dans le New York
Times repris par le Herald. Pourquoi avoir choisi Grenoble ? C'est rare que l'on
parle de la France aux USA. Encore plus rare que l'on parle d'une ville. Bon
pour papier photo dans le bi-hebdo. Un plus long dans le mensuel. » (traité dans News
Vendredi n° 4 janvier 1989)
- « Monsieur Guy NEVACHE (PS) : Monsieur Alain CARIGNON est au-dessus
des partis. » (traité dans News Vendredi n° 4 janvier
1989)
- « Monsieur Maurice FINLAZ : président de la Chambre des Métiers,
l'artisanat marche fort. » (traité dans News Vendredi n° 4
janvier 1989)
- « Madame Marie-Claude RIVIER : présidente des Amis de l'EIG.
Grenoble aura son auditorium. » (traité dans News Vendredi n° 8
janvier 1989)
- « Monsieur Aziz SAHIRI : président de France Plus. » (traité dans News
Mardi n° 9)
- « Monsieur Christian GAUDUEL : nouveau futur président de
la Chambre du Commerce et de l'Industrie. Les forces économiques et politiques
présentent à Grenoble un front commun. C'est un atout dans la bataille
européenne. » (traité dans News Mardi n° 3
janvier 1989)
- « Madame Carmen BUGADA : j'ai passé 38 ans à VALISÈRE.
Madame Carmen BUGADA a passé 38 ans à VALISÈRE comme ouvrière,
comme déléguée syndicale. Elle aime cette entreprise. Elle
est heureuse de la négociation aboutie entre l'entreprise et la ville
: VALISÈRE reconstruit une usine neuve à Grenoble, à côté de
CELLATEX, rue..., à proximité de... Les 350 ouvrières peuvent être
satisfaites. » « Ce qui me plaît chez Monsieur Alain
CARIGNON c'est qu'il veut que Grenoble bénéficie de tous les types
d'emplois et ne se spécialise pas dans la haute technologie. Tout le monde
a la capacité d'occuper de tels emplois. Monsieur Alain CARIGNON le sait. » « Très
important dans la bouche de Madame Carmen BUGADA. » (traité dans News
Vendredi n° 2 janvier 1989)
- « Monsieur TRILLAT : à Grenoble la démocratie est
exemplaire. » (traité dans News Mardi n° 5)
- « Monsieur QUERCIA, président des JOJOS. » (traité dans News
Vendredi n° 6)
- des thèmes sur...
- Les grandes entreprises qui choisissent l'Isère :
- « SAINT-GOBAIN. » (Dauphiné News n ° 2
15 novembre 1988)
- « VALEO. » (Dauphiné News n° 3 15 décembre
1988)
- « PISORIO (THOMSON SGD) construira la nouvelle usine à Grenoble. » (Dauphiné News n° 2
15 novembre 1988 et n° 4 15 janvier 1989)
21 octobre 1988
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Ajaccio, Ajaccio Grenoble (16 050 francs).
12 novembre 1988
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Toulon, Toulon Grenoble (10 700 francs).
Présent à une cérémonie religieuse à 11h,
il pourra prendre l'avion à 18h45.
14 novembre 1988
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble La Môle, La Môle Grenoble (10 700 francs).
02 décembre 1988
Note de Frédéric MOUGEOLLE à Alain
CARIGNON sur le projet de lancement d'un journal gratuit dans l'agglomération
grenobloise et le budget prévisionnel de l'opération : « Il
va de soi que la ligne rédactionnelle (...) serait positive et directe
et mettrait en valeur la vie quotidienne des Grenoblois. [Dans les articles
traitant de politique], une part de l'espace serait réservée
aux communiqués
de l'opposition (...) L'obstacle majeur étant, si le gratuit n'excède
pas les municipales, de licencier après une échéance électorale
près
de dix personnes (...) Il me faudrait informer les investisseurs de ce projet
en couplant l'image "campagne électorale" et "effet de
dynamisme"
par le News. »
19 décembre 1988
La société WHIP achète l'appartement du 286, boulevard Saint-Germain à Paris à la
société IMMOBILIÈRE
DU BOULEVARD SAINT-GERMAIN pour un prix de 6 700 000 de francs auxquels s'ajoutent
les meubles (300 000 francs) et les droits d'enregistrement (609 000 francs),
soit un total de 7 609 000 francs. L'achat est financé par un prêt
de la banque LYONNAISE
DE BANQUE (agence de Lyon) pour une durée de quinze ans au taux de 9,30 %. Marc-Michel MERLIN
interviendra directement auprès de la banque en menaçant
de clôturer tous ses comptes si la WHIP, pratiquement
inconnue des banquiers, n'obtenait
pas le prêt.
23 décembre 1988 (au 08 janvier
1989)
Premier numéro du bi-hebdomadaire News Gratuit dans les kiosques
grenoblois.
Pendant ce temps, du 23 décembre 1988 au 08 janvier 1989, Jean-Louis
DUTARET bénéficie d'un voyage en Australie, pour un montant
de 137 690 francs, payé par la SDEI. Il expliquera à la
justice qu'il estimait qu'il s'agissait d'un « cadeau d'entreprise de
Marc-Michel MERLIN. »
1er janvier 1989
Constitution de la société NEWS
GRATUIT, au capital de 1 million de francs.
04 janvier 1989
La LYONNAISE DES EAUX, par l'intermédiaire de Jean-Jacques PROMPSY, signe
un contrat de lobbying avec la WHIP. Entre
1989 et 1993, le coût total des prestations fictives s'élèvera à 2
220 000 francs.
26 janvier 1989
La SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN donne sa caution pour l'achat
d'un avion Beechcraft 200 série BB-239 par la compagnie SINAIR
(7 millions de francs).
29 janvier et 30 janvier 1989
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Orly le premier jour, Orly Grenoble le
lendemain (9 362 francs + 8 025 francs).
1er février 1989
Le
Canard Enchaîné publie un article de Jean-François JULLIARD intitulé : « [Alain
CARIGNON] nouveau recordman de l'ardoise électorale. 13 millions [de francs]
pour lancer deux journaux à Grenoble. Le record détenu par Albin
CHALANDON est pulvérisé. » L'article explique qu'Alain
CARIGNON est devenu « patron de presse. (...) Il s'agit de chanter
la gloire » du maire de Grenoble en diffusant deux journaux (Dauphiné News et News
Gratuit, ce dernier ayant été tiré à 150 000 exemplaires
et distribué dans les boîtes aux lettres de l'agglomération
grenobloise) et « [d']attirer beaucoup de pub grâce au tirage
important et aux articles d'une équipe de journalistes connus composée
(...) de Philippe BAUCHARD (TF1), Jean-Claude VAJOU (Le Quotidien), des écrivains
André BERCOFF, Virgil TANASE et on en passe. Officiellement, une
société de
rédacteurs détient la majorité du capital. En réalité,
l'essentiel des fonds viendra de boîtes locales. » L'article
reproduit une copie du chèque
de Serge R... de 1 million de francs fait au HOLDING DAUPHINÉ NEWS le
11 septembre 1988. La liste d'autres financiers est publiée.
Interrogé par Le Canard Enchaîné, Serge R... explique
: « Je suis
sollicité de
toutes parts, mais je n'aime pas la politique. Cet argent, c'est pour qu'on me
foute la paix. » Frédéric
MOUGEOLLE (rédacteur en chef des journaux) se défend : « Nous
nous situons en dehors de la campagne électorale
[des municipales de mars 1989], nous n'avons pas de rubrique politique. Nos articles
sont essentiellement axés sur l'économie, l'avenir de Grenoble. » Le
Canard Enchaîné publie une note démontrant le contraire, rédigée
par Alain
CARIGNON à l'attention des journalistes
de Dauphiné News : le maire demande la rédaction
d'un « article ultra-favorable sur [Bruno SABY] qui vient d'être second
au rallye Cross. Montrer combien sa candidature à Échirolles a été un
acte de générosité. Idem pour [Jean LIENARD]. » Alain
CARIGNON souhaite voir traiter, et vite, une dizaine de sujets dans un sens élogieux...
Des admirateurs du maire achèteront des paquets entiers du Canard
Enchaîné dans les kiosques grenoblois très tôt dès l'ouverture.
Jean-François JULLIARD publiera un nouvel
article le 08 février 1989 sur le "nettoyage" de la ville.
02 février 1989
Frédéric
MOUGEOLLE donne une conférence
de presse pour s'expliquer sur les notes manuscrites d'Alain CARIGNON citées
par Le Canard Enchaîné du 1er février 1989.
Il affirme que des documents lui ont été volés mais qu'il
n'a pas porté plainte. « Alain CARIGNON me fait des suggestions
mais je suis libre de les utiliser ou non. [Le journal du groupe DAUPHINÉ NEWS]
n'est pas un journal de propagande électorale, c'est un titre de presse
alternative. »
04 février 1989
Le
Monde publie un article de Pierre FRAPPAT consacré à l'achat
massif par de « curieux collectionneurs » de l'édition du
Canard Enchaîné du 1er février 1989 sur
l'ardoise électorale
d'Alain CARIGNON. Le journaliste cite notamment l'exemple du « [kiosque
grenoblois] Havane, en plein centre-ville, juste en face du siège du RPR
[:] les cinquante numéros du Canard ont été achetés
par dix personnes, dont une enseignante zélée qui a expliqué qu'elle
préparait
un travail avec ses élèves et qu'il lui en fallait trente. »
06 février 1989
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Grenoble (16 050
francs).
Il prétendra avoir présenté sa liste pour les élections
municipales de mars 1989, mais il sera incapable d'en rapporter la preuve aux
magistrats.
08 février 1989
Le Canard Enchaîné publie un nouvel article de Jean-François JULLIARD, cette fois sur les
achats par paquets entiers de son édition de la semaine précédente
datée du 1er février 1989 : « [Alain CARIGNON]
se gave de Canard. Il l'a fait acheter par paquets entiers pour éviter
que les Grenoblois ne connaissent ses dépenses électorales.
(...) D'étranges et matinaux acheteurs avaient littéralement "nettoyé"
la ville, en raflant des paquets à 10 ou 20 exemplaires. (...) L'enquête
du Canard et de quelques journalistes grenoblois a permis d'établir que
ce sont des équipes d'admirateurs [d'Alain CARIGNON] qui ont dévalisé les
marchands pour éviter que des esprits malléables ne soient influencés
par une mauvaise lecture. » Des marchands de journaux témoignent
: « Très tôt, mercredi, un type est arrivé en disant
qu'un article sur l'affaire Pechiney l'intéressait. Il a emporté tout
mon stock. (...) Un groupe d'étudiants est passé vers 8 heures,
ils ont affirmé qu'ils faisaient un travail universitaire à partir
du Canard et en ont acheté cinq chacun. (...) Un client m'a demandé mon
paquet de journaux d'un ton si agressif que j'ai refusé, puis un autre
est venu, plus courtois, il a tout pris. » L'article ajoute que « de
nombreux vendeurs de journaux ont reçu la visite d'une élégante
et mystérieuse femme blonde, en manteau de fourrure noire. L'un d'eux,
après lui avoir vendu son stock de Canard, l'a discrètement suivie
jusqu'à sa voiture. Le véhicule en question, une R4 blanche, était
déjà bourré de numéros du même journal. » Et
de conclure : « A l'inverse des militants, pleins d'enthousiasme et
d'ardeur dans cette campagne d'achats massifs, la mairie est restée très
discrète. Ce jour-là, justement, Alain CARIGNON annonçait
officiellement sa candidature à sa propre succession. Il s'est contenté de
déclarer qu'il ne ferait aucun commentaire sur les informations du Canard.
C'était bien la peine d'en stocker autant, pour ne rien trouver à dire... »
10 février 1989
La société NEWS GRATUIT est immatriculée au registre du
commerce et des sociétés.
22 février 1989
Alain CARIGNON voyagera en avion taxi deux fois dans la même journée
:
Grenoble Nice, Nice Grenoble (total : 21 400 francs).
08 mars 1989
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Grenoble (16 050
francs).
14 mars 1989
La SDEI règle à NEWS GRATUIT une facture de 148 250 francs.
15 mars 1989
La SDEI règle à DAUPHINÉ NEWS une facture de 148 250 francs.
17 mars 1989
Après sa victoire dès le premier tour avec 53,2 % des voix,
Alain CARIGNON est réélu maire de Grenoble.
Le même jour, la société DAUPHINÉ NEWS
est constituée. Au capital de 1 million de franc, cette société a
pour objet, selon Frédéric MOUGEOLLE, de diffuser un mensuel économique
« haut de gamme et snob, destiné à un lectorat de cadres
et professions libérales. »
Le même jour, Alain CARIGNON voyage en avion taxi via la compagnie SINAIR
aux frais du groupe MERLIN : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Grenoble (16 050
francs). Présent à la
mairie de Grenoble à 16h pour une remise de médailles suivie d'un
pot,
il pourra prendre l'avion à 19h15.
10 avril 1989
Le CABINET D'ÉTUDES MERLIN règle à NEWS GRATUIT
une facture de 100 000 francs.
15 avril 1989
La SDEI règle à DAUPHINÉ NEWS une facture de 200 000 francs.
24 avril 1989
Petit déjeuner au domicile personnel de Jérôme
MONOD où Alain CARIGNON annonce
qu'il est
prêt à accepter les propositions des groupes MERLIN et LYONNAISE
DES EAUX.
28 avril 1989
Dernier numéro de News Vendredi, n° 33 de News Gratuit.
13 mai 1989
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble La Môle, La Môle Grenoble
(9 362 francs).
Il inaugurera une maison de retraite au Touvet à 11h
et prendra l'avion quelques heures après.
15 mai 1989
La SDEI règle à DAUPHINÉ NEWS une facture de 249 060 francs.
21 mai 1989
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble La Môle, La Môle Grenoble
(9 362 francs).
25 mai 1989
Premières inquiétudes des responsables syndicaux de Grenoble craignant
la délégation du service des eaux. 80 % des agents signent un manifeste
; ils veulent que le service municipal soit maintenu en l'état.
1er juin 1989
En réponse aux interrogations des conseillers municipaux écologistes,
le premier adjoint, Pierre GASCON, assure « [qu']il
n'est pas question de privatiser »
ce que confirmera Alain CARIGNON : « Pierre GASCON [a] apporté tous
les apaisements nécessaires. »
5 juin 1989
Alain CARIGNON rassure les agents inquiets de la régie, avant les vacances
d'été : « Si
nous ouvrons de nouveau le dossier de l'eau, nous en informerons la population
et ce ne sera pas avant la fin de l'année. »
6 juin 1989
Pierre GASCON évoque de possibles contacts entre des sociétés
privées et Alain CARIGNON à propos du dossier de l'eau, mais refuse
de s'engager à la place du maire.
9 juin 1989
Lors du conseil municipal, Alain CARIGNON demande à la municipalité de
ne pas se prononcer sur un texte des conseillers municipaux écologistes demandant
le maintien de l'eau dans le domaine public : « Parce que je veux pouvoir
discuter avec tous les services, parce que je désire une remise en cause
générale
des services de la ville et que, sans comparatif, j'ai du mal à faire
avancer les choses. C'est mon devoir de gestion. »
15 juin 1989
Dernier numéro du mensuel Dauphiné News.
24 juin et 25 juin 1989
Journée portes ouvertes sur le site de Rochefort (champs de captage).
Le troisième
adjoint, Guy NEVACHE, et Patrick E... informent officiellement les syndicats
: l'eau sera privatisée.
29 juin 1989
Début des manifestations du personnel du service des eaux, de la population
(usagers, associations, syndicats) et des conseillers municipaux de l'opposition.
Une pétition
rassemblera plus de dix mille signatures pour la défense
du service public et la sauvegarde de l'eau.
30 juin 1989
Constitution de la société COGESE. Son siège social est
47, avenue Alsace Lorraine à Grenoble ; il sera changé pour le
70, rue des Alliés.
Le capital de la société se répartit entre la SDEI (51 %)
et la SEREPI (49 %) : la première société est une filiale
du groupe MERLIN ; la seconde une filiale du groupe LYONNAISE DES EAUX. Le président
de la COGESE est Marc-Michel MERLIN, Louis BERA est administrateur.
11 juillet 1989
Article de Pierre FRAPPAT dans Le Monde à propos des relations
entre les grandes entreprises de services aux collectivités (BOUYGUES,
GÉNÉRALE
DES EAUX et LYONNAISE
DES EAUX) et les communes. Guy
NEVACHE s'interroge
: « Que n'aurait-on pas dit si l'on avait traité avec l'un de
ces trois grands des services urbains ? » Pour Alain CARIGNON, « il
n'est pas question de laisser un de ces grands en position dominante sur la ville. » Le
journaliste précise : « BOUYGUES se verra probablement confier
le tunnel [sous la Bastille], s'il se fait un jour ; et la GÉNÉRALE
DES EAUX est déjà très
présente à Grenoble. »
13 juillet 1989
Première
délibération
du conseil municipal qui adopte le rapport du maire Alain CARIGNON,
présenté par
Guy NEVACHE, proposant
la concession du service des eaux et de l'assainissement de la ville de Grenoble à la
société COGESE. Près de 1 500 personnes sont rassemblées à la
mairie pour manifester leur opposition. Rien n'y fera. Une longue lutte va s'engager
qui ne prendra fin que dix ans plus tard, lorsque le (nouveau) conseil municipal
votera le retour en régie, le 20 mars 2000.
Guy NEVACHE lit la délibération
: « Il vous est proposé de confier la gestion déléguée
du service des eaux et de l'assainissement à la société COGESE
(...) qui est l'émanation de deux sociétés spécialisées
régionales. [Premièrement] la SDEI (...), filiale du groupe MERLIN,
est une entreprise régionale dont l'actionnariat ne comprend aucune banque,
ni groupe financier. Elle gère à ce jour plus de 2,2 millions d'abonnés
répartis
sur 2 500 communes avec une consommation de 140 millions de mètres cubes
d'eau, et exploite 350 stations d'épuration des eaux usées. La
SDEI est majoritaire puisqu'elle détient 51 % des actions de la COGESE.
Par ailleurs, et par le jeu des participations croisées, le groupe MERLIN
détient
près de 70 % du capital de la COGESE. [Deuxièmement] la SEREPI
(...), filiale de la société LYONNAISE DES EAUX. Elle détient
49 % du capital de la COGESE. (...) Cette formule allie la souplesse et la disponibilité d'une
entreprise locale et la puissance des moyens qui peuvent être mis à disposition
par les groupes auxquels est rattachée la société COGESE.
»
Attaquant l'opposition, Guy NEVACHE ajoute : « J'ai trouvé bien
discutable l'action politicienne de certains qui se sont conduits à l'occasion
de cette proposition et de ce débat
comme si nous étions en présence d'une espèce de troisième
mi-temps des élections municipales. (...) Il y a dans un certain nombre
de milieux un doute qui ne fait pas avancer la clarté sur cette affaire.
(...) Il s'agit d'une modalité de gestion assurant une recette pour la
ville nous permettant de remplir une partie de nos grandes ambitions pour Grenoble. » La
discussion est impossible sur les aspects financiers de la délégation,
d'une durée de vingt cinq ans, présentée par
la majorité comme
un moyen de rapporter plusieurs centaines de millions de francs à la
ville. Au conseiller municipal communiste qui reproche au maire d'avoir « préféré le
secret, vous qui prétendez être un des douze apôtres de la
rénovation
de la vie politique française. (...) Qui peut donc trouver avantage à la
privatisation de ce service ? Vous constituez là un véritable trésor
de guerre pour la LYONNAISE DES EAUX », Alain CARIGNON donne la
parole à Pierre GASCON qui répond
en alignant
la liste d'une dizaine de municipalités communistes ayant privatisé leur
service d'eau et d'assainissement... Lorsque les socialistes dénoncent « ce
mauvais coup [qui s'est préparé dans le secret des cabinets et
des officines] » ou
lorsqu'ils demandent « le
tableau comparatif des différentes
offres, [élément manquant, essentiel pour se prononcer] »,
Richard CAZENAVE énumère la trentaine de municipalités socialistes
ayant privatisé leur service des eaux...
Guy NEVACHE poursuit : « Le choix des exploitants s'est fait de la façon
la plus claire possible. Il est très clair que tous les exploitants français
d'une qualité et d'un niveau suffisants pour pouvoir faire des propositions
sur ce service, les ont faites ou ont pu les faire. » A un élu
de l'opposition qui l'interpelle : « Où sont-elles ? »,
Guy NEVACHE réplique : « Je n'ai pas à répondre à vos
questions. (...) La municipalité a enregistré ces propositions.
Elle a fait un choix. (...) Nous sommes en présence d'un contrat qui a été discuté pied à pied,
et jusque hier. (...) Nous aurons à être fiers dans six ans, ce
qui se passe ce soir apparaîtra comme un combat d'arrière-garde. »
Alain CARIGNON conclut sur le grand programme qu'il va mettre en chantier « avec
les moyens que nous dégageons grâce à cette gestion. (...)
Qu'allons-nous faire ? Nous disposons à partir de l'année prochaine
de 120 millions de francs. (...) Nous ne les mettons pas dans la poche de l'Hôtel
de ville, nous les mettons sur le terrain des Grenoblois et donc, je pense que
nous faisons ce qui est conforme à l'intérêt général.
(...) Bon 14 juillet, bonne révolution ! »
La société COGESE
exploitera les services d'eau et d'assainissement de Grenoble entre la fin 1989
et la fin 1995 (aux élections de 1995, les Grenoblois choisiront une
nouvelle municipalité qui remplacera
la société COGESE par une société d'économie
mixte, la SEG, première étape vers le retour en régie qui
se concrétisera cinq ans plus tard).
Pendant ces cinq années, le prix du mètre
cube d'eau s'envolera de 56 % (part eau y compris part fixe pour 120 m3 -
Abonnés
domestiques) ! Cette hausse a trouvé sa "justification" dans, entre autre,
l'application de la facturation rétroactive illégale (3 millions
d'euros surfacturés aux usagers, dont 300 000 euros pour les plus défavorisés
d'entre eux, locataires des HLM).
La chambre régionale des comptes conclura dans sa
lettre d'observations définitives du 24 novembre 1995 : « Il
existe ainsi de solides raisons de renégocier les conventions d'affermage
afin de redresser leur économie dans l'intérêt des usagers
de la ville de Grenoble. »
La cour de cassation du 08 avril 1999 résumera
l'affaire CARIGNON en un paragraphe
: « La
concession du service de l'eau de la ville de Grenoble a été attribuée
par [le maire] Alain CARIGNON à la société COGESE (...)
uniquement parce qu'elle était
en mesure de [lui] procurer les dons et avantages personnels promis ; [par ailleurs]
la chambre régionale des comptes [conclut en 1995 que] la commune a accepté de
fournir au concessionnaire des moyens beaucoup plus importants que ceux employés
auparavant et [qu']elle a consenti à ce que les usagers supportent au
bénéfice de la société COGESE des augmentations de
tarifs programmées à l'avance et non justifiées dans les
contrats conclus ; (...) les agissements des prévenus sont en lien avec
[les] augmentations de tarifs. »
15 juillet 1989
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Nice, Nice Grenoble (8 025 francs).
17 juillet 1989
Lettre de remerciement de Jean-Jacques PROMPSY à Alain CARIGNON : « Monsieur le ministre, au terme d'une longue démarche et d'une rude bataille, le
pari que nous avions fait à la fin de l'été 1987 a été gagné. (...)
Soyez assuré que votre nouveau fermier n'épargnera pas ses efforts
pour que les Grenoblois, la ville et vous-mêmes soyez servis comme vous
le méritez. »
25 juillet 1989
Les conseillers municipaux écologistes demandent au préfet de saisir
le tribunal administratif de Grenoble pour annuler la délibération
du conseil municipal du 13 juillet 1989 sur la délégation du service
des eaux de la ville.
27 juillet 1989
Immatriculation de la COGESE au registre du commerce.
28 juillet 1989
Jean-Louis DUTARET, qui a joué un
rôle essentiel
dans les négociations pour la délégation des eaux de Grenoble, n'a présenté aucune
note d'honoraires à la
municipalité.
En revanche il perçoit
un salaire de 245 502 francs payé par
la société NEWS GRATUIT (et 207 550 francs le 15 janvier 1990 par
la société DAUPHINÉ NEWS,
plus deux factures de 50 000 francs payées par le groupe MERLIN).
29 juillet 1989
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Figari, Figari Grenoble (16 317 francs).
Il n'apporte aucun justificatif devant la justice qu'un voyage au Tibet avec l'alpiniste
Pierre 029... l'aurait empêché d'être
le bénéficiaire de ce vol en Corse.
30 juillet 1989
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Orly, Orly Grenoble (15 712 francs).
18 août 1989
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Grenoble (16 050
francs).
08 septembre 1989
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Perpignan, Perpignan Grenoble, et une
deuxième fois Grenoble Perpignan, Perpignan Grenoble la même journée
(44 490 francs).
09 septembre 1989
Le préfet Jean-Paul PROUST répond à la demande des conseillers municipaux écologistes
du 25 juillet 1989 : « J'ai l'honneur de vous informer que mes services
procèdent actuellement à un examen attentif des termes de cet acte
et des conventions qui l'accompagnent. » A la mi-septembre, un
collectif se constitue, réunissant des usagers, des associations, des
syndicats et les partis politiques de l'opposition ; ils déposeront leur
propre recours au tribunal administratif en plus de celui des élus écologistes.
09 octobre 1989
Bernard
W... (supérieur hiérarchique de Jean-Jacques PROMPSY) rédige
une note à propos de la reprise par la LYONNAISE DES EAUX du
groupe de presse DAUPHINÉ NEWS : « ce métier n'est pas
le nôtre. »
Aux
enquêteurs, il déclarera qu'elle « n'était pas
opportune et n'avait rien à voir
avec la communication auprès des élus (...) le secteur média
presse n'avait jamais présenté d'intérêt particulier
pour le groupe. » Il ajoutera
: « Normalement,
un rachat d'entreprise ne s'effectue pas au niveau de la direction de l'eau,
mais le dossier est débattu en comité de sélection ou d'investissement
au niveau de la direction générale (...) En ce qui concerne l'intervention
de la filiale d'eau SERECOM, comme relais à cette prise de participation,
elle n'est bien évidemment pas conforme à la logique économique
du groupe ; ce faisant, elle aurait dû être rattachée
à la holding de tête comme c'est d'ailleurs le cas pour HAVAS et
M6. »
13 octobre 1989
Entre le 13 octobre et le 29 décembre 1989, la SEREPI (qui a pour objet
l'alimentation des collectivités en eau potable) apportera au total
3 700 000 francs par virements à la HOLDING DAUPHINÉ NEW (dont
l'objet est la publication de journaux).
14 octobre 1989
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Orly, Orly Nice (22 470 francs).
Avant de prendre l'avion à 15h45, il donnera le coup d'envoi du match
d'inauguration du stade Salvador Allende à Grenoble.
15 octobre 1989
Alain CARIGNON en avion taxi : Nice Grenoble (6 420 francs).
20 octobre 1989
Lettre de Frédéric MOUGEOLLE aux abonnés de Dauphiné News : « Chers
Abonnés, le 15 septembre dernier, le numéro 11
de Dauphiné News n'était pas dans vos boites aux lettres. Il ne
s'agit pas, cette fois, d'un retard technique. J'ai dû, avec la rédaction,
prendre la décision de suspendre la parution : les problèmes financiers
que nous rencontrons en cette rentrée, sans espoir d'embellie immédiate,
feraient de la reparution une simple fuite en avant. Depuis le 15 août, nous étions
dans une période de réflexion sur les manières possibles
de sauver et d'adapter la formule. Nous sommes maintenant au terme de cette phase,
et n'avons pas trouvé les moyens de continuer. Nous arrêtons donc Dauphiné News
tel que vous le connaissiez pour mettre au point, à plus longue échéance,
une autre formule. Nous continuerons, dans l'avenir, à défendre
une presse indépendante à Grenoble. »
25 octobre 1989
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Grenoble (18 990
francs).
26 octobre 1989
Contrôle de légalité du préfet
Jean-Paul PROUST qui demande au maire Alain CARIGNON de « procéder à un
nouvel examen des actes concernés. » Le préfet est très
critique sur la délégation du service des eaux : « La
question se pose donc de savoir dans quelles conditions cette redevance [annuelle
de 8,8 millions de francs prélevés sur les recettes du service] représente
une surtaxe destinée aux amortissements ou une autre ressource non affectée.
En tout état de cause, il apparaît qu'entrent dans le calcul du prix de
l'eau des éléments qui n'ont rien à voir avec le service
public de distribution de l'eau. Cette situation est contraire au principe même
de la redevance qui ne doit prendre en compte que le coût réel du
service et ne pas répercuter aux usagers des dépenses qui ne sont
pas directement liées à l'exploitation du service. La même question
se pose avec la contribution spéciale fixée à 13 millions
de francs pour l'année 1990. (...) Cette disposition opère un transfert
du contribuable sur le consommateur d'eau (...) en vue de renflouer le budget
général de la collectivité. [Est également contesté]
la redevance de 150 000 francs [par agent désirant rester dans les services
de la ville. (...) Concernant la consultation préalable de la société COGESE
sur] l'avant projet des travaux à exécuter (...), ces dispositions
me paraissent contrevenir au principe même des marchés publics. »
Jean-Paul PROUST
sera rapidement muté en Guadeloupe...
30 octobre 1989
Compte tenu des critiques
sévères du préfet le 26 octobre
1989, qui pouvaient conduire à l'annulation de la délibération
du 13 juillet 1989, un
second conseil municipal délibère
sur la
délégation
de l'eau, après révision partielle des conventions.
L'ambiance est la même : « On fait évacuer la salle s'il y
a d'autres manifestations », s'énerve Charles DESCOURS. Guy NEVACHE
répète que « l'eau de Grenoble a fait l'objet d'une consultation
et d'un contrat de délégation de gestion dans des conditions extrêmement
claires. (...) La GÉNÉRALE DES EAUX ou BOUYGUES (...) ont eu toute
la faculté de [s'exprimer]. » Alain CARIGNON rassure : « Je
souhaite qu'il n'y ait pas d'autre gestion déléguée qui
soit confiée à des sociétés [d'ici à la fin
de ce mandat]. »
Comme en juillet, la délibération est adoptée sans problèmes,
par 46 voix pour et 13 contre.
03 novembre 1989
En vertu de la délibération du conseil municipal du 30 octobre
1989, Alain
CARIGNON, en tant que maire de Grenoble, et Marc-Michel MERLIN, en tant que président
de la COGESE, signent deux conventions, pour une durée
de 25 ans, déléguant
la gestion du service public de l'eau potable et de l'assainissement de la ville
de Grenoble
à la COGESE.
09 novembre 1989
Le secrétaire général de la préfecture de l'Isère
(l'ancien préfet Jean-Paul PROUST n'ayant pas encore été remplacé),
Albert GEHIN, informe le maire que la délibération du 30 octobre
1989 présente « les mêmes inconvénients que la version
initiale du [13 juillet 1989]. (...) Le prix du service est manifestement
excessif par rapport aux coûts réels dans la mesure où l'économie
du dispositif consiste à faire supporter par l'usager du service d'eau
potable une importante charge financière normalement imputable au contribuable
au travers du budget général de la ville. »
27 novembre 1989
Le capital de la COGESE est porté à 36 000 000 francs.
20 décembre 1989
Avant même d'être inscrite au registre
des sociétés,
la société SERECOM a "racheté" pour zéro
franc la majorité des
actions de la HOLDING DAUPHINÉ NEWS.
21 décembre 1989
Constitution de la société anonyme SERECOM. Son capital de 5 400
000 francs a été souscrit
et libéré à hauteur de 99,98 % par la société anonyme
SEREPI. Son siège est à Rillieux la Pape (Rhône), à la
même adresse que les sociétés SDEI et SEREPI. Son président
directeur général est Louis BERA, directeur de la région
Rhône-Alpes à la LYONNAISE DES EAUX et président directeur
général
de la SEREPI. La SERECOM n'aura aucun salarié et ne dégagera aucun
chiffre d'affaires ; son unique objet est d'éponger les pertes du groupe
DAUPHINÉ NEWS.
28 décembre 1989
Les conseillers
municipaux écologistes et socialistes déposent au tribunal administratif
de Grenoble une requête pour annuler la délibération du 30
octobre 1989. Ils soulignent l'absence de communication des études préalables,
la durée trop longue du contrat, l'absence de cautionnement et d'indexation,
l'ignorance dans laquelle ils ont été tenus concernant les éléments
financiers du contrat et notamment les bases de fixation des prix pour les usagers.
Le même jour, le secrétaire général de la préfecture
complète ses observations du 09 novembre 1989 : « [La durée
du contrat, vingt cinq ans,] ne semble pas justifiée, dès lors
qu'elle est largement supérieure à la durée nécessaire
pour assurer l'amortissement des investissements réalisés. (...)
La redevance annuelle de 8,8 millions de francs (...) ne fait l'objet d'aucune
justification et n'apparaît pas comme étant la contrepartie de charges
exposées par la collectivité au titre du service. (...)
Il est en effet à craindre que ces dispositions n'opèrent un transfert
de charges du contribuable vers l'usager d'un service public, rendant ainsi confuse
la distinction des comptes entre fermier et collectivité. (...) Les transferts
financiers [entre la COGESE et la ville sont tels que] c'est en dernier ressort
l'usager du service qui s'en trouverait pénalisé. (...) De telles
pratiques ont fait l'objet de critiques de la part de la cour des comptes à l'occasion
de son dernier rapport consacré à la gestion déléguée
des services d'eau et d'assainissement. (...) Je tenais à vous faire part
de ces observations dans l'intérêt même de la collectivité. »
Le secrétaire général sera bientôt muté et
le nouveau préfet entérinera la délégation
du service des eaux de Grenoble, malgré les critiques de ses prédécesseurs...
09 janvier 1990
Entre le 09 janvier et le 17 septembre 1991, la SERECOM effectuera un apport en compte courant de 5 360 000 francs
au profit de la HOLDING DAUPHINÉ NEWS pour lui permettre de régler ses différents créanciers
et lui éviter un dépôt de bilan.
15 janvier 1990
Jean-Louis DUTARET perçoit un salaire de 207 550 francs payé par
la société DAUPHINÉ NEWS pour sa participation aux négociations
avec la COGESE.
16 janvier et 17 janvier 1990
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget le premier jour, Le Bourget
Grenoble le lendemain (total : 18 990 francs).
La réunion de l'exécutif du conseil général de l'Isère
dans la matinée lui permettra de prendre l'avion à 12h25.
15 février 1990
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Malagua, Malagua Grenoble (37 980 francs).
18 février 1990
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Liège, Liège Grenoble puis
Grenoble Malagua (18 990 francs + 18 990 francs).
19 février 1990
Alain CARIGNON en avion taxi : Malagua Grenoble (18 990 francs).
25 février 1990
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Malagua, Malagua Grenoble (37 980 francs).
20 mars et 21 mars 1990
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget le premier jour, Le Bourget
Grenoble le lendemain (9 495 francs + 9 495 francs).
14 avril et 18 avril 1990
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Ajaccio, Ajaccio Grenoble (18 990 francs
+ 18 990 francs).
Comme à l'habitude, Alain CARIGNON et sa femme passent un week end prolongé en
Corse.
29 juillet 1990
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Grenoble (23 737
francs).
02 août 1990
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble La Môle, La Môle Grenoble (15 825 francs).
31 août et 15 novembre 1990
Les sièges de la HOLDING DAUPHINÉ NEWS et de DAUPHINÉ NEWS
sont
transférés au
15, rue d'Astorg à Paris. La radiation des deux sociétés est
rapidement demandée.
18 octobre 1990
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Grenoble (23 737
francs).
30 décembre 1990
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Marseille, Marseille Bastia, Bastia Grenoble
(26 375 francs).
31 décembre 1990
La société LYONNAISE DES EAUX rachète le groupe MERLIN (sociétés
SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN et SDEI) pour 1,8 milliard de
francs.
Entre 1991 et 1993
Entre 1991 et 1993, Jean-Louis DUTARET fera prendre en charge par la société WHIP
dont il était le dirigeant en fait, le coût des leçons d'anglais
dispensés par l'école BERLITZ à Alain CARIGNON (61 079
francs). Ce dernier prétendra avoir ignoré le mode de financement
de ces cours qu'il reconnaîtra avoir suivis. Quand à Jean-Louis
DUTARET, il indiquera avoir personnellement remboursé le coût de
ces leçons et ne pas avoir agi de mauvaise foi.
Les magistrats de la cour d'appel de Lyon du 09 juillet 1996 rétabliront la vérité :
« les dénégations d'Alain CARIGNON sont contredites par
le témoignage du responsable de [l'école BERLITZ] qui a affirmé que
les factures avaient été adressées à la société WHIP, à la
demande expresse de celui-ci ; par ailleurs certaines d'entre elles avaient été établies
au nom de jeune fille de son épouse. [Concernant Jean-Louis DUTARET :
il] ne peut invoquer un remboursement intervenu tardivement et alors que l'information
[judiciaire] était en cours, pour justifier de sa bonne foi ; la prise
en charge de ces cours par la société WHIP résulte d'une
volonté délibérée de [sa part] de favoriser Alain
CARIGNON dont il était le conseiller le plus proche, au détriment
de l'intérêt social de la société WHIP. »
03 janvier 1991
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Bastia, Bastia Grenoble (23 737 francs).
08 janvier 1991
Suite au rachat du groupe MERLIN par la LYONNAISE DES EAUX le 31 décembre
1990, Pierre
MERLIN devient dirigeant du CABINET D'ÉTUDES
MERLIN. Marc-Michel MERLIN reste à la tête des sociétés
SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN et SDEI.
24 janvier 1991
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Orly, Orly Grenoble (23 737 francs).
1er août et 30 août 1991
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Figari, Figari Grenoble (26 375 francs
+ 26 375 francs).
Sa participation le 22 août 1991 à la cérémonie de
commémoration
de la libération de Grenoble (47ème anniversaire) ne l'empêchera
pas d'être le bénéficiaire
de ce vol.
12 septembre 1991
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Grenoble (23 737
francs).
Ayant pris l'avion à Paris très tôt, Alain CARIGNON arrivera à Grenoble à 6h45
et participera au voyage d'études en Pologne organisé par le conseil
général.
05 novembre 1991
Un informateur anonyme, par courrier posté à Lyon, dénonce
au procureur de la République les faits suivants : « Frédéric
MOUGEOLLE faisait les journaux d'Alain CARIGNON avec sa société DAUPHINÉ NEWS.
Il manquait un milliard dans la caisse de DAUPHINÉ NEWS. Jean-Jacques
PROMPSY, directeur général de la LYONNAISE DES EAUX, monte la SERECOM à Lyon.
La SERECOM achète DAUPHINÉ NEWS à Frédéric
MOUGEOLLE et bouche le trou de un milliard. Les petits actionnaires de la
SEREPI à Lyon
pères de la SERECOM et les actionnaires de la LYONNAISE DES EAUX sont
refaits par des gangsters qu'il faudra punir d'une façon ou d'une autre. »
15 novembre 1991
Le procureur de la République de Grenoble transmet au procureur
de la République de Lyon les faits d'abus de biens sociaux relatifs au
groupe DAUPHINÉ NEWS.
11 décembre 1991
Le tribunal administratif de Grenoble rejette le recours en annulation de la
délibération du 30 octobre 1989 déposé par les conseillers
municipaux écologistes et socialistes : « Lesdits conseillers
n'établissent
pas avoir demandé ces documents ou ces éléments [, études
comparatives, modalités de fixation du prix de l'eau, etc.] et
obtenu de la part du maire un refus de communication. (...) Les requérants
ne sont pas fondés à soutenir que le conseil municipal s'est prononcé sur
la base de données matériellement inexactes, erronées ou
insuffisantes. »
Ce jugement sera cassé par un arrêt du conseil d'État du
1er octobre 1997 : « Considérant qu'il ressort (...)
des constatations de fait opérées dans le cadre de la procédure
pénale ayant donné lieu à l'arrêt du 9 juillet 1996,
par lequel la cour d'appel de Lyon a jugé, notamment, que les contrats
signés par le maire de Grenoble [Alain CARIGNON] le 3 novembre 1989, en
exécution de la délibération attaquée [du 30 octobre
1989], étaient la contrepartie de délits d'abus de biens sociaux,
que les motifs réels de la délibération attaquée
ont été dissimulés aux membres du conseil municipal et que
l'information fournie à ceux-ci a été de nature à les
induire en erreur sur la portée des contrats soumis à délibération. »
26 janvier 1992
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Grenoble (23 737
francs).
18 février 1992
La société IMMOBILIÈRE DU BOULEVARD SAINT-GERMAIN est radiée
du registre du commerce.
06 avril 1992
Suite à la lettre anonyme du 05 novembre 1991, le procureur de la République
de Lyon ouvre une enquête
préliminaire
sur le renflouement de Dauphiné News, confiée au SRPJ de
Lyon.
10 avril 1992
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Milan, Milan Grenoble (21 100 francs).
17 avril 1992
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Biarritz, Biarritz Grenoble (23 737 francs).
24 avril 1992
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Saint-Sébastian, Saint-Sébastian
Grenoble (26 375 francs).
06 juin 1992
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble La Môle, La Môle Grenoble
(21 100 francs).
08 juin 1992
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble La Môle, La Môle Grenoble
(21 100 francs).
1er juillet 1992
Pierre MERLIN devient officiellement président directeur général
du CABINET D'ÉTUDES MERLIN, fonction qu'il exerce de fait depuis le 08
janvier 1991.
03 juillet, 04 juillet et 09 juillet 1992
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget, Le Bourget Grenoble (23 737
francs + 23 737 francs + 23 737 francs).
18 août 1992
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble La Môle, La Môle Palma, Palma
Grenoble (31 650 francs).
22 août 1992
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Minorque, Minorque Bari (36 925 francs).
28 août 1992
Alain CARIGNON en avion taxi : Bordeaux Grenoble (13 187 francs).
17 septembre 1992
Alain CARIGNON en avion taxi : Le Bourget Grenoble (13 187 francs).
30 octobre et 1er novembre 1992
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Bordeaux, Bordeaux Grenoble (26 375 francs).
31 décembre 1992
Dissolution de la HOLDING DAUPHINÉ NEWS au 72, avenue de la Liberté à Nanterre,
la même adresse que la LYONNAISE DES EAUX.
09 janvier, 10 janvier, 11 janvier, 12 janvier, 1er février
et 02 février 1993
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget le premier jour, Le Bourget
Grenoble le lendemain (6 x 15 825 francs).
11 janvier 1993
Nouvelle dénonciation anonyme, après celle du 05 novembre 1991,
qui parvient directement aux fonctionnaires du SRPJ :
« Suite à l'affaire Pierre 015...,
l'homme de main dans le sud-est et d'ailleurs, le fusible du président
Jérôme MONOD est probablement Jean-Jacques PROMPSY,
directeur général. Jean-Jacques PROMPSY se sert de
Marc-Michel MERLIN, un homme d'affaires lyonnais, pour arroser les élus
- par exemple en 1989, la LYONNAISE DES EAUX et la famille MERLIN ont obtenu
la concession de l'eau de Grenoble en effaçant les ardoises du maire
Alain CARIGNON, - en juillet 1989 le cabinet d'ingénieurs lyonnais
Marc-Michel MERLIN a recommandé au conseil municipal la délégation
de l'eau et dans les jours suivants Alain CARIGNON a fait aussitôt
voter à la hussarde la concession de l'eau à la COGESE, société commune
groupe MERLIN-LYONNAISE DES EAUX, en échange Jean-Jacques PROMPSY
a fait racheter par la LYONNAISE DES EAUX deux sociétés d'édition
au bord de la faillite, ces deux sociétés grenobloises HOLDING
DAUPHINÉ NEWS et
DAUPHINÉ NEWS fabriquaient les journaux municipaux et du département
pour Alain CARIGNON et probablement d'autres communications -
Alain CARIGNON avait vidé leur caisse à hauteur de un milliard
de centimes - pour racheter les deux sociétés sur demande d'Alain
CARIGNON, Jean-Jacques PROMPSY a créé à Lyon
une société bidon la SERECOM, filiale de la SEREPI, filiale de
la LYONNAISE DES EAUX - le personnel de DAUPHINÉ NEWS a été licencié et
les deux moribondes ont été transférées à Paris
pour y mourir un jour ou l'autre - elles sont au 1 rue de Stockholm 8° RCS
B347788721 et B350460192 - Que font à Paris des sociétés
grenobloises filiales d'une société lyonnaise ? »
04 février 1993
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Bordeaux, Bordeaux Grenoble (31 650 francs).
11 février 1993
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Mans, Le Mans Grenoble (31 650 francs).
15 février 1993
Les Petites Affiches publie la déclaration de liquidation de la
HOLDING DAUPHINÉ NEWS.
06 mars et 07 mars 1993
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Le Bourget le premier jour, Le Bourget
Grenoble le lendemain (total : 26 375 francs).
13 mars 1993
Alain CARIGNON en avion taxi : Grenoble Clermont, Clermont Nice, Nice Grenoble
(29 276 francs).
18 mars 1993
Alain CARIGNON effectue son dernier voyage en avion taxi (le premier remonte
au 1er décembre 1984) en utilisant les appareils de la compagnie SINAIR aux frais
du groupe MERLIN :
Grenoble Le Bourget, Le Bourget Grenoble (26 750 francs).
28 mars 1993
Alain CARIGNON est élu député de la première circonscription
de l'Isère. Entrée au gouvernement d'Édouard BALLADUR.
30 mars 1993
Alain CARIGNON est nommé ministre de la communication.
19 mai 1993
Le Monde, Le Canard Enchaîné et France 3 Alpes révèlent
l'ouverture d'une enquête préliminaire sur le renflouement des journaux
du groupe DAUPHINÉ NEWS par la LYONNAISE DES EAUX.
23 septembre 1993
La LYONNAISE DE BANQUE connaît des difficultés à se
faire rembourser le prêt (7 609 000 francs à 9,30 % remboursable
en 15 ans) octroyé à la WHIP pour l'achat
de l'appartement du 286, boulevard Saint-Germain à Paris. Une note rédigée en ce sens parle
de : « ramification politique [pour cette affaire]. » Un
second document précise : « Dossier délicat à caractère
politique - objectif : se faire couvrir les échéances en retard
sans faire de vagues et inciter le client à vendre pour qu'on se tire.
Ne pas faire de vagues. »
29 novembre 1993
Fin de l'enquête préliminaire ouverte le 06 avril 1992 par le
procureur de la République
de Lyon
sur le renflouement de Dauphiné News.
26 janvier 1994
Jean-Louis DUTARET est nommé président directeur général
de la société SOFIRAD.
07 février 1994
Le procureur de la République de Lyon ouvre une information judiciaire
des chefs d'abus de biens sociaux et recel d'abus de biens sociaux, suite aux faits concernant DAUPHINÉ NEWS dénoncés anonymement le 05 novembre 1991 ; l'enquête est confiée à Philippe COURROYE.
21 février 1994
Philippe COURROYE reçoit une note anonyme sur
WHIP et l'appartement du boulevard Saint-Germain :
« En 1983 Alain CARIGNON a gardé Guy NEVACHE directeur
du SIEPARG (EAUX) à 60 000 francs par mois avec engagement de se rallier
politiquement à lui, ce qui a été fait. Alain CARIGNON
a monté une société WHIP [au] 286, boulevard Saint-Germain PARIS 75007,
avec Jean-Louis DUTARET son ami, aujourd'hui président
de la SOFIRAD. Cette société a acheté l'appartement
qui fait aussi bureau, avec quel argent (vérification concierge) ou 3615
Greffe INFO. Alain CARIGNON a acheté un appartement à l'Alpes
d'Huez avec quel argent ? Voir les liens Marie-Claude RIVIER,
Jean-Guy CUPILLARD, Alain CARIGNON. Le train de vie de sa famille,
voyages, etc. avec manipulation de liquide, origine ? Guy NEVACHE s'est
fait arrêter à la frontière suisse avec 600 000 francs en
liquide il y a deux ans, affaire étouffée. Monsieur le juge
nous espérons sur votre fermeté pour arrêter tous ces voyous.
Avec l'expression de notre profond respect. »
23 février 1994
Longue audition, à titre de témoin, de Jérôme MONOD
par Philippe COURROYE. Le président directeur général de
la LYONNAISE DES EAUX déclare qu'à sa connaissance, il n'y avait
pas eu de négociations entre Jean-Jacques PROMPSY et la municipalité de
Grenoble avant les élections de 1989.
Plusieurs semaines après cette audition,
devant les déclarations concordantes de certains autres prévenus,
et après
la saisi d'un de ses agendas selon lequel il s'était déplacé à Grenoble
le 03 octobre 1987, Jérôme MONOD finira par reconnaître l'existence d'un
déjeuner, mais qui selon lui ne comportait pas d'ordre du jour défini.
Il déclarera, sans être bien précis, que parmi les sujets
de discussion aurait pu être traitée la question de la délégation
des eaux de Grenoble. Mais ce thème lui ayant semblé ordinaire,
il n'en avait jamais parlé jusque là. Et si son collaborateur Jean-Jacques
PROMPSY était bien depuis 1986 « en veille sur Grenoble » aucun accord
n'avait été scellé avant 1989.
Pendant les plaidoiries du jugement du tribunal correctionnel de Lyon du 16
novembre 1995, deux hypothèses seront émises. La première
par l'avocat Richard ZELMATI (défense de Marc-Michel MERLIN) pour qui
le corrupteur principal était Jérôme MONOD qui
s'était servi de son client comme « d'un
cheval de Troie » pour pénétrer à Grenoble et
obtenir le marché de l'eau ; et qu'il avait agi de même avec Alain
CARIGNON. La seconde par le bâtonnier
DANET (défense d'Alain CARIGNON) qui s'étonnera que Jérôme
MONOD ne soit pas poursuivi pour le délit de corruption alors qu'il était
présent au
déjeuner du 03 octobre 1987. Le tribunal limitera le rôle de Jérôme
MONOD à celui d'un témoin tout en s'interrogeant : « Jean-Jacques
PROMPSY n'est-il que l'exécutant d'une politique de corruption définie à un
autre niveau par la LYONNAISE DES EAUX ? Est-il le corrupteur unique au sein
de la LYONNAISE DES EAUX ? »
16 mars 1994
Mise en examen de Louis BERA, président directeur général
de la SEREPI et de la SERECOM, pour abus de biens sociaux.
17 mars 1994
Mises en examen de Frédéric MOUGEOLLE pour recel d'abus de biens
sociaux et de Jean-Jacques PROMPSY pour abus de biens sociaux.
27 mars 1994
Alain CARIGNON est réélu conseiller général du canton
de Grenoble 4 au second tour.
Mars 1994
Vente de l'appartement du 286, boulevard Saint-Germain à Paris pour 7
millions de francs à une
société civile immobilière (SCI).
12 avril 1994
Dans son audition devant la justice, Patrick E... aborde le rôle d'Alain
CARIGNON dans le groupe DAUPHINÉ NEWS et celui de Jean-Louis DUTARET dans
la négociation pour le marché de l'eau.
22 avril 1994
Audition de Serge R... sur le financement des journaux Dauphiné News.
Il confirme avoir aidé au lancement de l'opération en signant un
chèque de 1 million de francs le 11 septembre 1988 à l'ordre de
la société HOLDING DAUPHINÉ NEWS, suite aux sollicitations
d'Alain CARIGNON.
18 mai 1994
Audition de Marc-Michel MERLIN au sujet de Dauphiné News. Début
1989, Alain CARIGNON lui a demandé de « [faire] un geste peu
avant la campagne des élections municipales [de mars 1989]. » Le
financement de l'opération a été réalisé en
facturant aux sociétés SDEI et CABINET D'ÉTUDES MERLIN
des frais de publicité à insérer dans les journaux du groupe
DAUPHINÉ NEWS.
Marc-Michel MERLIN expliquera aux enquêteurs
que « [mes
sociétés] n'avaient aucun
intérêt
particulier dans ce type de campagne publicitaire eu égard à [leur]
secteur d'activité. D'ailleurs c'est la première fois qu'un tel
budget de publicité était alloué. Vous ne retrouverez jamais
dans la comptabilité de ces deux affaires des dépenses de ce type
pour de tels montants. En effet il nous arrive simplement, en communication extérieure,
de paraître dans quelques journaux de ville, à la demande d'élus
pour contribuer à l'édition de leur journal. Les sommes sont dérisoires
en rapport de celles [de l'opération Dauphiné News]. »
Entre
le 14 mars et le 15 mai 1989, 845 560 francs ont été versés.
Ces versements bénéficieront
des dispositions de la loi d'amnistie du 15 janvier 1990 comme étant en « relation
directe ou indirecte avec le financement de la campagne électorale
pour les élections municipales de mars 1989. »
19 mai 1994
Après une longue garde à vue, mise en examen pour abus de biens
sociaux de Marc-Michel MERLIN, qui confirme ses déclarations du 18 mai
1994.
24 mai, 17 juin et 20 juillet 1994
Des informateurs anonymes transmettent au juge d'instruction des documents établissant
les liens entre la municipalité de Grenoble et l'équipe DAUPHINÉ
NEWS, tels que la copie de deux notes manuscrites
des 19 octobre 1988 et 31 décembre 1988 d'Alain CARIGNON à
Frédéric MOUGEOLLE (copie à Véronique
K...). Les instructions d'Alain CARIGNON sont précises et multiples
: articles valorisant Grenoble, interviews des sympathisants du maire ou
thèmes
sur les entreprises qui s'implantent en Isère.
1er juillet 1994
Nouvelles déclarations de Patrick E... aux fonctionnaires de police.
Des précisions sont apportées par rapport au 12 avril 1994 : Alain
CARIGNON est impliqué dans la conception et la gestion de DAUPHINÉ NEWS
et Jean-Louis DUTARET dans la négociation sur le contrat de l'eau.
05 juillet ou 06 juillet 1994
Alain CARIGNON reproche à Patrick E... ses déclarations
à la justice du 1er juillet 1994 parce que cela risque d'entraîner sa
mise en examen. Il ajoute que Jean-Louis DUTARET le contactera afin de trouver
une autre version.
11 juillet 1994
Patrick E... rencontre « Gérard
LONGUET, ministre de l'industrie, qui revenait de Chine. Après une réunion
du conseil régional, il m'a demandé à s'entretenir avec
moi en tête à tête.
Gérard LONGUET m'a dit qu'il avait reçu un appel d'Alain CARIGNON
le matin même. Il lui avait dit que j'avais fait une déposition
qui risquait d'entraîner sa mise en examen. Gérard LONGUET
m'a demandé de faire un effort pour ne pas le charger. A cette époque
Gérard LONGUET commençait lui-même à être
mis en cause dans le cadre d'une affaire judiciaire. Il m'a fait comprendre que
par solidarité politique il convenait de ne pas charger Alain
CARIGNON, s'agissant d'un ministre du même gouvernement que lui. J'ai dis à
Gérard LONGUET que je rencontrais Jean-Louis DUTARET le lendemain.
Je ne crois pas que Jean-Louis DUTARET connaisse Gérard
LONGUET. »
11 juillet ou 12 juillet 1994
Jean-Louis DUTARET montre à Patrick E... un document qui selon lui provient
du parquet général, et qui cite un extrait de ses déclarations
du 1er juillet 1994. Il
lui demande d'expliquer les choses différemment. Jean-Louis DUTARET dit
à Patrick E... qu'il sait que ce dernier doit rencontrer le juge d'instruction
Philippe COURROYE le 13 juillet 1994.
12 juillet 1994
Marc-Michel MERLIN adresse au juge d'instruction Philippe COURROYE un courrier
dans lequel il revient sur ses dires des 18 mai 1994 et 19 mai 1994, dénonçant
les conditions de sa garde à vue
et les pressions que les enquêteurs avaient exercées sur lui dans
le but de compromettre le maire de Grenoble Alain CARIGNON.
13 juillet 1994
Patrick E... revient sur ses précédentes déclarations des
12 avril 1994 et 1er juillet 1994 et met hors de cause Alain CARIGNON et Jean-Louis
DUTARET.
17 juillet 1994
Alain CARIGNON annonce sa démission du ministère de la communication.
18 juillet 1994
Commentant sa démission de la veille, Alain CARIGNON se dit « Triste
et serein. (...) Il
s'agit d'un choix moral, car je suis cité dans une procédure
en cours et je serai sûrement entendu rapidement dans ce dossier.
» (entretien avec Florence DELATTRE précédé d'un article
d'Hélène PILICHOWSKI dans Le Dauphiné Libéré du
18 juillet 1994).
Le même jour, le maire de Grenoble écrit à ses
collègues du conseil général de l'Isère « J'ignore
ce qui m'est exactement reproché. Depuis 1988, je vis à côté de
cette rumeur. Il faut que cette mise en cause larvée cesse. Puisqu'il
y a aujourd'hui un dossier d'instruction, le seul moyen de me faire entendre
est d'être mis en examen, pour avoir accès au dossier. (...) Je
veux que le juge lyonnais puisse faire toute la lumière sur ce sujet et,
pour faciliter sa tâche et pouvoir librement me défendre, j'ai donc
souhaité,
en accord avec le premier ministre, interrompre temporairement mon activité au
sein du gouvernement. » Philippe COURROYE a réuni
suffisamment de pièces pour mettre Alain CARIGNON en examen ; mais le
maire de Grenoble veut toujours garder l'initiative, même s'il s'agit de
faire croire qu'il a demandé à être mis en examen.
25 juillet 1994
Alain CARIGNON est mis en examen pour recel d'abus de biens sociaux et pour complicité d'abus
de biens sociaux.
26 juillet 1994
Alain CARIGNON et ses avocats insistent sur le fait qu'il n'y a « ni
contrôle judiciaire, ni caution. (...) L'abus de biens sociaux n'est
pas établi,
et s'il l'est, il faudra encore prouver que j'en étais complice. Cela
n'a en tout cas rien à voir avec la délégation des eaux
de Grenoble, qui n'est pas en cause dans cette affaire. » (article
de Mireille DEBARD dans Libération du 26 juillet 1994).
27 juillet 1994
Jérôme MONOD demande à Marc-Michel MERLIN de venir le voir
à Paris. Il lui dit qu'il pourrait y avoir des problèmes à Grenoble,
sans plus de précisions, mais qu'il ne fallait pas s'inquiéter.
10 août 1994
Audition par les services de police de Véronique K..., qui met hors
de cause Alain CARIGNON.
30 août 1994
Première audition d'Alain CARIGNON par Philippe COURROYE.
05 septembre 1994
A partir des renseignements
recueillis au registre du commerce de Paris, un rapport d'enquête établi
l'existence de la société
WHIP immatriculée le 23 juin 1988 au capital de 250 000 francs domiciliée
initialement 44, Quai de Jemmapes à Paris.
06 septembre 1994
Seconde audition d'Alain CARIGNON, qui s'efforce de devancer les journalistes
et déclare : « Il semble que c'est
la dernière fois que je serais entendu, et que nous avons pu faire normalement
le tour de l'ensemble des questions qui pourraient se poser en ce qui me concerne
sur ce dossier. Depuis le début je dis la même chose, parce que
je le crois. Il faut instruire. Il faut aller au fond. Il faut prendre le temps. Ça,
c'est du ressort du juge, ce n'est pas du mien ; et moi, en tout cas, très
sincèrement, je suis très heureux de pouvoir le faire, car cela
me permet de m'expliquer. »
Le même jour, le magistrat instructeur Philippe COURROYE communique au procureur
de la République de Lyon les éléments
nouveaux sur WHIP et l'appartement du boulevard Saint-Germain.
09 septembre 1994
Le procureur de la République de Lyon Jean-Amédée LATHOUD adresse
au juge d'instruction des réquisitions supplétives du chef d'abus
de biens sociaux contre Marc-Michel MERLIN et de recel d'abus de biens sociaux
contre tous les autres.
13 septembre 1994
Jean-Louis DUTARET et Claudine MEINNIER sont placés en garde à vue à la
police judiciaire de Nanterre. Nombreuses perquisitions et mandats d'amener.
16 septembre 1994
Première mise en examen de Jean-Louis DUTARET pour recel d'abus de biens
sociaux. Claudine MEINNIER est mise en examen pour le même motif. Ils sont
laissés en liberté.
Le même jour, Marc-Michel MERLIN est réentendu ; il met hors de
cause Alain CARIGNON.
19 septembre 1994
Premier conseil municipal depuis la mise en examen d'Alain CARIGNON. Les demandes
de l'opposition sont rejetées, sauf la constitution de partie civile qui
est reportée au prochain conseil.
21 septembre 1994
Le RPR et l'UDF désignent Alain CARIGNON comme tête de liste pour
les prochaines élections municipales.
Le même jour, suite à la découverte de nouveaux éléments
(voyages, croisière), le juge d'instruction transmet le dossier au procureur
de la République
de Lyon sur l'opportunité de décerner un réquisitoire supplétif.
22 septembre 1994
Pierre MERLIN, président directeur général de CABINET D'ÉTUDES
MERLIN, est mis en examen pour abus de biens sociaux, après 36 heures
de garde à vue.
26 septembre 1994
Jean-Louis DUTARET démissionne de son poste de président de la
SOFIRAD.
28 septembre 1994
Nouvelle audition de Véronique K... qui remet hors de cause Alain
CARIGNON, comme elle l'a déjà fait le 10 août 1994.
29 septembre 1994
Philippe COURROYE réentend Marc-Michel MERLIN qui « conteste
totalement avoir commis des abus de biens sociaux » selon ses avocats.
06 octobre 1994
Le juge d'instruction communique à nouveau la procédure
au procureur de la République de Lyon par une ordonnance dûment
motivée
sur de nouvelles infractions apparues au cours de l'enquête et note que
l'ensemble des faits exposés « pourrait être de nature à démontrer
l'existence d'une opération concertée réunissant
Alain CARIGNON, Jean-Louis DUTARET et Marc-Michel MERLIN, susceptible
de revêtir la qualification de corruption. »
07 octobre 1994
La chambre d'accusation de la cour d'appel de Lyon rejette la demande de mise
en liberté de Marc-Michel MERLIN.
10 octobre 1994
Alain CARIGNON se dit encore serein et affirme devant des journalistes grenoblois
que l'affaire Dauphiné News n'ira pas plus loin, que le « non
lieu » est proche. Il fait des « confidences » sur
ses projets après l'élection d'Édouard BALLADUR à la
présidence de la République, dont il ne doute pas : « J'ai
vu Nicolas SARKOZY. Il m'a dit : ne t'embête pas avec la culture. Si je
suis premier ministre, je te donnerai le budget. » (article de Claude
FRANCILLON dans Le Monde du 14 octobre 1994).
11 octobre 1994
Le procureur de la République de Lyon adresse au juge d'instruction un
réquisitoire
supplétif
visant ses ordonnances des 21 septembre 1994 et 06 octobre 1994 et le saisissant
de faits nouveaux : abus de biens sociaux au préjudice des sociétés
WHIP et IMMOBILIÈRE DU BOULEVARD SAINT-GERMAIN contre
Jean-Louis DUTARET, Claudine DUTARET épouse MEINNIER et
Marc-Michel MERLIN ; recel d'abus de biens sociaux contre Jean-Louis
DUTARET et Alain CARIGNON ; corruption active et passive respectivement contre
Marc-Michel MERLIN et Alain CARIGNON et complicité de corruption contre
Jean-Louis DUTARET.
12 octobre 1994
Un mandat d'amener est délivré à l'encontre d'Alain CARIGNON
et de Jean-Louis DUTARET. Alain CARIGNON est mis en examen pour recel d'abus
de biens sociaux et corruption. Il est placé sous
mandat de dépôt à la
prison Saint-Joseph ; il risque dix ans de prison et un million de francs d'amende.
Jean-Louis DUTARET est mis en examen pour complicité de corruption et
est lui aussi incarcéré à Saint-Joseph.
Alain CARIGNON affirmera
au juge d'instruction Philippe COURROYE : « Je pourrai vous prouver à partir
de mes agendas que je ne suis pas concerné par beaucoup [des vols sur
la compagnie aérienne SINAIR dont les factures ont été réglées
par le groupe MERLIN].
Je dois pouvoir retrouver mes agendas lorsque j'étais
ministre entre 1986 et 1988 et 1993. » Il
soutiendra plus tard, notamment devant la cour d'appel de Lyon du 09 juillet 1996, qu'il ne conservait pas ses agendas.
Les magistrats s'en étonneront et remarqueront que ses déclarations
sont en contradiction avec celles de Denis BONZY qui
disait ques les agendas d'Alain CARIGNON étaient archivés. Il
sera d'ailleurs saisi des photocopies de pages d'un agenda couvrant la période
de février à juillet 1993. Les magistrats concluront : « Tous
ces éléments démontrent le peu de crédit qui peut-être
accordé aux déclarations d'Alain CARIGNON. »
Après la mise en examen pour corruption d'Alain CARIGNON,
Jean-Louis DUTARET, Jean-Jacques PROMPSY et Marc-Michel MERLIN,
l'information connaîtra une évolution déterminante
par la révélation de faits qui avaient été jusque
là cachés
aux enquêteurs et au juge d'instruction notamment avec les déclarations
de Thierry F..., Patrick E... et Marc-Michel
MERLIN.
13 octobre 1994
L'avocat d'Alain CARIGNON, Jacques BOEDELS, fait appel du placement en détention
provisoire. L'opposition demande la convocation extraordinaire du conseil municipal
de Grenoble, mais la demande est refusée par le premier adjoint et maire
par intérim, Pierre GASCON.
14 octobre 1994
Le président de la chambre d'accusation rejette la demande de mise en
liberté présentée par les avocats d'Alain CARIGNON et déclare
irrecevable le référé-liberté déposé hors
délai par les avocats de Jean-Louis DUTARET.
18 octobre 1994
Selon un sondage Louis HARRIS pour Vsd (sondage réalisé le
15 octobre sur un échantillon national de 802 personnes), 69 % des Français
trouvent « tout à fait » ou « plutôt » justifiée
la détention d'Alain CARIGNON. 71 % des Français estiment que le
risque principal dans ces affaires est que « les juges soient empêchés
par le pouvoir politique de continuer leurs investigations », alors
que 21 % craignent que les magistrats « aillent trop loin et désorganisent
l'économie et la vie politique. »
19 octobre 1994
L'incarcération d'Alain CARIGNON et celle de Jean-Louis DUTARET sept
jours plus tôt, le 12 octobre 1994, va permettre aux témoins de
s'exprimer plus librement devant le juge d'instruction. C'est le cas de Patrick
E... qui écrira à Philippe
COURROYE pour faire établir « la vérité sur
toute autre considération. »
21 octobre 1994
Après son incarcération le 12 octobre 1994, Alain CARIGNON et ses
avocats restent très combatifs. Ils envisagent la comparution personnelle
et publique du maire de Grenoble. Ils parient sur sa capacité à retourner
l'accusation, à être plus convaincants que les magistrats, devant un public
de proches et de journalistes. Jacques BOEDELS galvanise trois cents partisans
du maire lors d'une réunion organisée sur invitation, à Grenoble
: « J'ai vu Alain CARIGNON devant le juge. C'est un excellent débatteur.
Devant la chambre d'instruction, ça peut donner de bons résultats.
Car personne n'a entendu jusqu'à ce jour ses explications. (...) Le dossier
ne tient pas. Il est désespérément vide. Ce ne sont qu'élucubrations,
conjectures, conjonctures et allégations. Si on cherche tant, c'est qu'on
ne trouve rien. » (article de Françoise CHARDON et Hélène
PILICHOWSKI dans Le Dauphiné Libéré du 23 octobre
1994).
24 octobre 1994
Troisième mise en examen de Marc-Michel MERLIN, cette fois pour corruption
active, qui continue à mettre Alain CARIGNON hors de cause.
Le même jour, suite au courrier qu'il lui a adressé le 19 octobre
1994, Patrick E... révèle à Philippe COURROYE qu'un déjeuner
a réuni les protagonistes de l'affaire CARIGNON au conseil général
de l'Isère bien avant les élections municipales de mars 1989
: le 03 octobre 1987. Il ajoute avoir été l'objet de pressions
de la part d'Alain CARIGNON et de Jean-Louis DUTARET, raison pour laquelle il
était revenu sur ses déclarations des 12 avril 1994 et 1er juillet
1994 lors de son audition du 13 juillet 1994.
Le même jour, Thierry F... évoque devant les enquêteurs l'existence
de la croisière de luxe en Méditerranée
au bénéfice d'Alain CARIGNON, du 08 août 1987 au 23 août 1987,
entièrement
réglée
par le groupe MERLIN.
25 octobre 1994
Comparution personnelle et publique d'Alain CARIGNON devant la chambre d'accusation
de la cour d'appel de Lyon qui examine sa demande de mise en liberté. L'audience
va durer presque quatre heures ; l'exposé précis et argumenté des
charges qui pèsent sur le maire de Grenoble sera ravageur pour la défense.
De nombreux journalistes, personnalités proches du maire, et Grenoblois
sont présents. Le président Henri BLONDET commence par une lecture
très neutre du rapport (chronologie et qualification des faits). Vient
ensuite l'avocat général Didier BOCCON-GIBOD qui sait que son exposé sera
déterminant, tant pour convaincre les magistrats qui doivent confirmer
ou infirmer l'incarcération décidée par le juge d'instruction
Philippe COURROYE, que pour les citoyens qui ignorent la gravité de la
situation (les faits ayant toujours étaient minimisés par Alain
CARIGNON et ses avocats) : « Le procureur a expressément requis
la détention. Croyez bien que ces réquisitions n'ont pas été prises à la
légère. Croyez bien qu'il fallait une raison impérieuse
pour placer en détention un homme bénéficiant d'une présomption
d'innocence et d'une véritable présomption d'honnêteté pour
son engagement de service public. Le ministère public n'a pas d'autres
considérations que l'étude minutieuse du dossier. Le problème
pour Alain CARIGNON est que ce dossier est véritablement accablant.
Je ne vois pas quel argument véritablement (...) pourrait être développé devant
cette chambre. Il ne s'agit pas d'une conviction individuelle et solitaire. Mais
d'un dossier qui s'impose de lui-même. Il ne s'agit pas de juger Alain
CARIGNON, de le déclarer coupable ou innocent. Il bénéficie
toujours de la présomption d'innocence. Il s'agit d'indices graves, précis
et concordants. (...) Le magistrat instructeur ne fait pas autre chose quand
il évoque les faits susceptibles d'avoir été commis. J'ai
le sentiment que le juge se voit reprocher contre sa personne de mauvais arguments
lorsque l'on n'a pas pu en trouver de bons dans le dossier. (...) Une corruption
de grande ampleur, des avantages substantiels, des avantages toujours dissimulés,
marqués par le signe de la clandestinité. (...) [Les avantages
que les groupes MERLIN et LYONNAISE DES EAUX ont accordés à Alain
CARIGNON en contrepartie de la délégation de l'eau de Grenoble, pour un total
estimé à plus de 25 millions de francs : renflouement des journaux électoraux
Dauphiné News, prestations fictives de la société WHIP,
appartement du boulevard Saint-Germain à Paris, voyages en avion taxi
sur la compagnie SINAIR] ont les mêmes caractéristiques. Celui
qui fournit, c'est Marc-Michel MERLIN. Celui qui reçoit, c'est Alain CARIGNON.
Alain CARIGNON dit qu'il n'a pas touché d'argent. Oui, mais il a bénéficié de
la mise à disposition d'un appartement, d'un avion. C'est un manque d'appauvrissement.
Qui paie ses dettes s'enrichit. Qui fait payer ses dettes par les autres s'enrichit plus
encore. » Didier BOCCON-GIBOD évoque aussi « l'organisation
d'un réseau protecteur autour d'Alain CARIGNON. » : documents
disparaissant, témoins revenant sur leurs déclarations, les minimisant
ou ayant des trous de mémoire... Mais il précise que depuis leurs
premières auditions, certains de ces citoyens « ont déjà choisi
le camp de la vérité, de la Justice. »
Pendant l'enquête, Marc-Michel MERLIN soulignera qu'il n'avait fait que céder
aux sollicitations d'Alain CARIGNON et de Jean-Louis DUTARET
qui étaient répétées, insistantes et qui « ont
frisé l'extorsion de fonds... »
Pour la défense d'Alain CARIGNON, l'avocat Jacques BOEDELS joue essentiellement
sur la corde affective : « Vous avez devant vous un homme qui a eu une
destinée exceptionnelle, un autodidacte génial, qui a géré les
plus gros dossiers. » L'avocat dénonce les « pressions
sur la presse pour publier des éléments d'information » et « une
absence totale de preuve de corruption » en s'appuyant sur les contrôles
administratifs dont a fait l'objet le contrat de l'eau. Pour son collègue
Guy DANET, « pas un franc, pas un centime » n'a été trouvé.
Les avantages doivent « avoir été consentis avant la décision
de 1989. » Pour Dauphiné News le profit ne serait que « politique. » Concernant
l'appartement du boulevard Saint-Germain à Paris, Alain CARIGNON n'y passait
que « deux nuits et un jour par semaine, trois semaines par mois. » Et
enfin, sur les voyages en avion taxi de la compagnie SINAIR : « Comme
on ne trouve pas les plans de vol, tous les vols en partance de Grenoble sont
attribués à Alain CARIGNON. » Guy DANET montre deux
factures payées par le conseil général et la mairie.
Alain CARIGNON est le dernier à parler : « Si j'ai toujours été favorable à la
transparence, j'ai du mal à supporter l'exhibition, la calomnie, la rumeur
ou le ragot. Dans la société d'aujourd'hui, on doit répondre
aux lettres anonymes devant un juge. » Le président lui demande de revenir au sujet
alors qu'il commence à s'en prendre au juge d'instruction. Alain CARIGNON
reprend des arguments qu'il a déjà développé publiquement.
Concernant l'opération Dauphiné News : « L'un de
mes collaborateurs a trouvé ces financements sans que j'intervienne, excepté pour
un rendez-vous avec un industriel grenoblois. On parle de gestion de fait. Pour
cela, il aurait fallu avoir commis des actes de gestion. » Pour WHIP
et l'appartement du boulevard Saint-Germain, c'est la première fois qu'il
donne publiquement sa version : « Les dates parlent, elles sont d'une
clarté aveuglante. On parle d'un appartement, il s'agit des bureaux de
Jean-Louis DUTARET et d'un petit appartement comprenant une chambre de passage,
un petit salon, et une cuisine. Quand j'étais ministre, j'avais un appartement
de fonction. De 1989 à 1993, je bénéficiais d'une chambre
de passage chez un ami. » De même pour les voyages en
avion taxi avec la compagnie SINAIR et la disparition de plusieurs plans de vol
et agendas, c'est la première fois qu'on l'entend : « On parle
d'avion pour aller jouer au golf [en Espagne], mais je ne sais pas y jouer, au
golf. (...) On parle des agendas, mais en dix ans de vie politique, jamais je
n'ai eu un seul programme. Mon chauffeur a une seule fiche par jour, moi j'ai
une fiche par jour, préparée par ma secrétaire. Depuis dix
ans, j'ai toujours utilisé cette méthode pour garder une souplesse
d'action. » Son plaidoyer s'adresse davantage à ses
proches qu'aux magistrats : « Je ne comprends pas, absolument pas,
cet emprisonnement. Le juge a tout saisi, tout perquisitionné, pour une histoire
vieille de six ou huit ans. On voulait absolument m'arrêter pour que je
puisse entrer dans le palais de justice derrière un rang de CRS, et de
caméras. La justice spectacle a voulu me casser, m'humilier, m'exposer à la
vindicte populaire. Le juge a souhaité remplacer le futur jugement des
citoyens. (...) La prison, un choc considérable. Se retrouver à l'isolement
dans douze mètres carrés. Je ne souhaite à aucun de mes
pires détracteurs de connaître une telle situation. Je mène
une réflexion personnelle afin d'être utile autrement dans la vie.
Je ne renoncerai pas à la vie publique tant que mon honnêteté ne
sera pas reconnue. Cela prendra un mois, un an, des années. Je sortirai
de prison plus fort que j'y suis rentré. »
Le matin, Libération et l'Est Républicain publient
les déclarations de Patrick E... sur le pacte qui aurait présidé à la
délégation de l'eau (déjeuner du 03 octobre 1987). L'ancien directeur de cabinet du maire, Denis BONZY,
est placé en garde à vue.
26 octobre 1994
Première audition sur le fond pour Alain CARIGNON depuis son incarcération.
27 octobre 1994
Dans un communiqué, la LYONNAISE DES EAUX reconnaît implicitement
l'existence d'un déjeuner, mais dément le pacte de corruption.
Le même jour, audition de Denis BONZY qui déclare aux enquêteurs à propos
des journaux Dauphiné News : « A
l'approche des élections
municipales [de mars 1989], l'équipe du maire et Alain CARIGNON en particulier
ont souhaité lancer un journal destiné à créer une
ambiance favorable à sa réélection. Il s'agissait notamment
de faire connaître le nouveau candidat afin de lui faire acquérir
une certaine notoriété et une bonne image de marque. (...) Il
y a eu un effet d'entraînement
sur les dépenses politiques qui ont considérablement augmenté dans
le but de permettre à Alain CARIGNON de conserver ses mandats.
(...) Je confirme pleinement que
l'opération DAUPHINÉ NEWS est une opération électorale
décidée en présence d'Alain CARIGNON qui a suivi
ensuite ces publications très attentivement. »
28 octobre 1994
Suite et fin de la comparution personnelle et publique d'Alain CARIGNON trois
jours plus tôt : la chambre d'accusation de la cour d'appel de Lyon rejette
les demandes de mise en liberté d'Alain
CARIGNON et de Jean-Louis DUTARET. Le maire de Grenoble reste en détention
provisoire. Cette décision
n'est donc pas celle d'un « petit juge » : avec le juge
d'instruction, le procureur, l'avocat général, le président
et les deux conseillers de la chambre d'accusation, ce sont six magistrats qui
estiment nécessaire
la détention, « unique moyen de conserver les preuves ou les
indices matériels et d'empêcher soit une pression sur les témoins,
soit une concertation entre les personnes mises en examen et complices. »
Le même
jour l'Union syndicale pénitentiaire se déclare interloquée
par la « courtoise et onéreuse attention dont fait preuve l'administration
pénitentiaire » à l'égard du maire de Grenoble.
04 novembre 1994
Toujours grâce à l'incarcération d'Alain CARIGNON et de Jean-Louis
DUTARET le 12 octobre 1994, les témoins s'expriment plus librement. Après
Patrick E... le 19 octobre 1994, Véronique
K... demande à être
réentendue (le 03 novembre 1994)
par le juge d'instruction : « Si
je demande à être
entendue à ce jour, c'est parce que je tiens à faire le point avec
vous de tout ce que je sais dans cette affaire. Dans mes deux précédentes
dépositions [des 10 août 1994 et 28 septembre 1994], je ne vous ai pas
dit la vérité pour
ne pas passer pour une délatrice. De plus, avant ma première déposition,
Jean-Louis DUTARET, sachant que je serais convoquée par vous,
m'a joint téléphoniquement pour me faire la leçon et surtout
m'indiquer de ne pas mettre en cause Alain CARIGNON dans l'affaire Dauphiné News.
Cet avocat proche du maire de Grenoble savait pertinemment comme moi que les
deux journaux de Frédéric MOUGEOLLE étaient des
moyens de propagande électorale. Lors de cet entretien téléphonique,
Jean-Louis DUTARET n'avait pas abordé la société WHIP. »
07 novembre 1994
Après être revenu à plusieurs reprises sur ses déclarations
des 18 mai 1994 et 19 mai 1994 mettant en cause Alain CARIGNON dans l'opération
DAUPHINÉ NEWS (le 12 juillet 1994 dans un courrier au juge d'instruction
; les 16 septembre 1994, 29 septembre 1994 et 24 octobre 1994 lors d'auditions), Marc-Michel
MERLIN reconnaît
globalement les faits qui lui sont reprochés.
Comme Patrick E... le 19 octobre 1994 et Véronique K... le 03 novembre
1994, il explique avoir été l'objet de pressions : « A
plusieurs reprises, Jean-Louis DUTARET, par l'intermédiaire de l'avocat
Maître Philippe GUMERY, m'a demandé de changer mes dépositions
et de mettre Alain CARIGNON hors de cause (...) Entre les mois de mai et de juillet
1994, Philippe GUMERY est venu me voir tous les dix jours environs. Il
est clair que ces interventions étaient
totalement téléguidées par Jean-Louis DUTARET et par Alain
CARIGNON, en tout cas je le pense. Philippe GUMERY
m'a remis un courrier que je devais adresser [au juge d'instruction] et au
terme duquel je revenais sur mes dépositions. La lettre que
[j'ai écrite]
a été inspirée de ce modèle, mais j'ai enlevé tous
les termes qui me paraissaient choquants ou outranciers. » Devant
la cour, Marc-Michel MERLIN précisera qu'à cette
époque-là, il était très fatigué psychologiquement
et physiquement du fait de l'enquête. C'est grâce à l'incarcération
d'Alain CARIGNON et de Jean-Louis DUTARET que la vérité a pu être
rétablie.
18 novembre 1994
Premier conseil municipal depuis l'incarcération d'Alain CARIGNON. La
majorité rejette la constitution de partie civile de la commune, mais
trois conseillers de la majorité, Jean-Pierre SAUL-GUIBERT, Françoise
PARAMELLE et Geneviève ALLEMAN votent contre la délibération
présentée par Pierre GASCON.
Le même jour, Jean-Louis DUTARET
est entendu par Philippe COURROYE et reconnaît l'existence du
déjeuner du 3 octobre 1987 qu'il situe plutôt en 1989. Il est mis
en examen pour subornation de témoins.
21 novembre 1994
Seconde audition d'Alain CARIGNON depuis son incarcération. Quatrième
mise en examen, pour subornation de témoins, cette fois. Il ne se souvient
pas du déjeuner reconnu par Marc-Michel MERLIN, Patrick E..., Jérôme
MONOD et Jean-Louis DUTARET.
Le même jour : audition et perquisition chez
Jacques Emmanuel SAULNIER, le chef de cabinet du maire et dans son bureau de
l'Hôtel de ville.
24 novembre 1994
Nouvelle audition de Marc-Michel MERLIN qui confirme à nouveau les contreparties
de la délégation de l'eau de Grenoble.
25 novembre 1994
Audition
de Denis BONZY qui remet aux fonctionnaires de police un planning en 49 points
de la campagne électorale
d'Alain CARIGNON pour les municipales de mars 1989.
1er décembre 1994
Perquisition au siège de la LYONNAISE DES EAUX à Nanterre. Les
enquêteurs saisissent un agenda de Jérôme MONOD prouvant qu'il s'est
bien déplacé le 03 octobre 1987 pour participer au déjeuner
organisé au conseil général de l'Isère, au cours
duquel les complices s'accordent sur la délégation des eaux de Grenoble. Un
autre document est saisi : la lettre de remerciement de Jean-Jacques PROMPSY
à Alain CARIGNON datée du 17 juillet 1989.
10 décembre 1994
Jacques BOEDELS annonce qu'il ne défend plus Alain CARIGNON pour ne pas
le gêner ; il craint d'être lui-même mis en examen pour subornation
de témoins.
05 janvier 1995
Confrontation entre Denis BONZY et Marc-Michel MERLIN devant Philippe COURROYE.
10 janvier 1995
Xavier PENEAU est placé en garde à vue par la PJ de Lyon ; il y
reste 48 heures avant d'être remis en liberté.
11 janvier 1995
Confrontation entre Patrick E... et Alain CARIGNON qui reconnaît désormais
l'existence d'un déjeuner, mais pas le pacte de corruption.
12 janvier 1995
Confrontation entre Patrick E... et Jean-Louis DUTARET, qui reconnaît
le déjeuner, mais le situe en janvier 1989 et non le 3 octobre 1987.
13 janvier 1995
La chambre d'accusation de la cour d'appel de Lyon rejette la demande de mise
en liberté de Marc-Michel MERLIN.
19 janvier 1995
Confrontation entre Patrick E... et Marc-Michel MERLIN qui maintiennent la version
du pacte de corruption.
20 janvier 1995
Confrontation entre Marc-Michel MERLIN et Jérôme MONOD à propos
du déjeuner d'octobre 1987. Le premier parle de la conclusion d'un pacte,
le second de contacts habituels avec les responsables des collectivités.
24 janvier 1995
Jean-Jacques PROMPSY est mis en examen pour corruption.
26 janvier 1995
Mise en examen supplétive d'Alain CARIGNON pour avoir bénéficié d'une
croisière de luxe en Méditerranée sur la goélette
Bohème II d'un montant de
170 784 francs payé par le groupe MERLIN. Concernant les voyages en avion
taxi, il reconnaît que certains vols SINAIR peuvent le concerner mais rejette
le nombre de vols imputés par le SRPJ et par le juge d'instruction.
Il précise que ces vols étaient rattachés à son
activité politique.
27 janvier 1995
La plainte avec constitution de partie civile de la CONFÉDÉRATION
SYNDICALE DES FAMILLES est acceptée.
28 janvier 1995
Suite aux alertes d'avocats et d'un médecin de l'administration pénitentiaire
sur « la détérioration importante de l'état psychologique » d'Alain
CARIGNON, ce dernier est examiné par deux psychiatres,
Liliane DALIGAND et Daniel GONIN, qui sont frappés par l'agressivité du
détenu,
jamais dirigée
contre eux selon eux, mais contre Philippe COURROYE et les calomniateurs. Mais
ils estiment que son état n'est pas dépressif en
se fondant sur l'absence totale d'un sentiment de culpabilité, ajoutant
qu'il est caractéristique de l'incarcération. Les deux médecins
concluent que la santé d'Alain CARIGNON est compatible avec la détention
provisoire.
Quelques semaines après, Alain CARIGNON sera examiné par Jean-Paul
GALEA et Claude PAGES. Ils concluent que le détenu n'a qu'une vision totalement
subjective de ses rapports avec le juge d'instruction et qu'il n'a pas de perte de l'estime
de soi.
31 janvier 1995
Marc-Michel MERLIN est remis en liberté sous contrôle judiciaire
assorti du versement d'une caution de 5 millions de francs. Le parquet fait appel
de cette décision.
03 février 1995
Suite à une demande de mise en liberté des avocats d'Alain CARIGNON,
le procureur de la République de Lyon, Jean-Amédée LATHOUD,
prend des réquisitions de maintien en détention très motivées
en insistant notamment sur la notion de troubles à l'ordre public et sur
les risques de pression sur les témoins.
06 février 1995
Arrêt de la cour
de cassation (chambre criminelle) du 06 février 1995 pourvoi n° 94-85350
« [Alain CARIGNON] ou son avocat n'a pas déposé dans
le délai
légal un mémoire exposant ses moyens de cassation. »
Arrêt de la cour
de cassation (chambre criminelle) du 06 février 1995 pourvoi n° 94-85462
« Le trouble durable causé à l'ordre public par la
participation à une
action de corruption de grande ampleur serait aggravé par la mise en liberté [de
Jean-Louis DUTARET,] juriste informé des interdictions de la loi, conseiller
personnel de l'auteur présumé [Alain CARIGNON] et largement bénéficiaire
des avantages mis en évidence par l'information. »
07 février 1995
Philippe COURROYE rejette la demande de mise en liberté d'Alain CARIGNON,
conformément aux réquisitions du parquet. Les avocats du maire
de Grenoble avaient sollicité la libération de leur clien en raison
de son état de santé.
11 février 1995
Alain CARIGNON reste en prison. Philippe COURROYE a prolongé sa détention
provisoire, mais cette fois contrairement aux réquisitions du procureur
de la République qui a dû appliquer les recommandations écrites
du procureur général agissant lui-même, selon Le Monde
du 15 février 1995, sur instruction du cabinet du garde des Sceaux. Jean-Amédée
LATHOUD annexe ces recommandations écrites à ses réquisitions.
14 février 1995
La chambre d'accusation de la cour d'appel de Lyon étudie la demande de
mise en liberté d'Alain CARIGNON. Le substitut général COSTE
prend des réquisitions de remise en liberté.
17 février 1995
Après quatre mois d'incarcération, la chambre d'accusation de la
cour d'appel de Lyon ordonne le maintien en détention
d'Alain CARIGNON, en faisant valoir le « trouble grave et durable à l'ordre
public » et la nécessité de « préserver
les témoignages. » Malgré la prison, Alain CARIGNON n'a
pas démissionné de ses mandats de maire et de président
du conseil général de l'Isère.
Dans l'après midi, le chef de cabinet
du maire rend publique une lettre dactylographiée qu'il attribue à Alain
CARIGNON et qui serait destinée à Pierre GASCON. Le maire de Grenoble
demande à son premier adjoint de réunir une liste pour les prochaines
municipales et évoque le suicide. Le conseiller municipal Jean-Pierre SAUL-GUIBERT « doute » de
l'authenticité de cette lettre.
18 février 1995
Le Dauphiné Libéré publie la lettre attribuée à Alain CARIGNON datée
de la veille. Le maire de Grenoble s'en prend au juge d'instruction : « Après
quatre mois d'une instruction brutale, totalement orientée, une instruction
qui a fouillé onze ans de notre vie, à Jacqueline et à moi,
onze ans de nos comptes personnels, onze ans de nos factures, de nos déplacements,
qui a cherché l'argent, les moeurs, voire le sang, qui a reniflé toutes
les odeurs de la calomnie pour les suivre, que reste-t-il ? » Alain
CARIGNON évoque le suicide : « Je partage le destin d'hommes
politiques comme Robert BOULIN et Pierre BEREGOVOY, victimes de l'opprobre :
soudainement disparaissent à la fois le sentiment de son utilité ici-bas et
celui de ce que l'on a accompli de vrai et de bon dans sa vie. Pour épargner
ceux qu'on aime, on met fin à ses jours. »
07 mars 1995
La chambre d'accusation de la cour d'appel de Lyon confirme l'ordonnance de renouvellement
du mandat de dépôt d'Alain CARIGNON. Les magistrats mettent en avant les
risques de pression sur les témoins du dossier et le trouble persistant à l'ordre
public. Les juges estiment que la
« mise en liberté d'Alain CARIGNON sur lequel pèsent des
charges précises et graves mettant en cause sa probité dans la
conduite des affaires publiques ne pourrait qu'exacerber l'émotion publique
alors que l'information est sur le point de s'achever et que l'affaire devrait
connaître prochainement son épilogue judiciaire. » Les
résultats de deux expertises médicales attestent que l'état
psychologique d'Alain CARIGNON est compatible avec le maintien en détention.
15 mars 1995
Publication du premier sondage officiel sur Grenoble après les affaires,
un sondage de l'IFOP pour l'Express, France 3 et France Inter : 68
% des électeurs grenoblois ne souhaitent pas la réélection
d'Alain CARIGNON.
22 mars 1995
Fin de l'instruction. Philippe COURROYE transmet le dossier au parquet pour qu'il
prenne ses réquisitions.
28 mars 1995
La chambre d'accusation de la cour d'appel de Lyon étudie un ultime recours
des avocats d'Alain CARIGNON tendant à l'annulation de la procédure
en arguant de sa qualité de ministre au moment des faits, qui seraient
selon eux de la compétence de la cour de justice de la République.
03 avril 1995
Philippe COURROYE rejette une nouvelle demande de mise en liberté d'Alain
CARIGNON.
04 avril 1995
La chambre d'accusation de la cour d'appel de Lyon ordonne la remise en liberté de
Jean-Louis DUTARET. Il doit s'acquitter d'une caution de un million de francs
avant le 20 avril. La chambre estime que « les risques de pression sur
les témoins peuvent être écartés par les impératifs
du contrôle judiciaire. »
07 avril 1995
La chambre d'accusation de la cour d'appel de Lyon rejette la requête en annulation
de la procédure formulée par les avocats d'Alain CARIGNON qui estimaient
que la cour de justice de la République aurait dû être saisie pour les
infractions présumée commises entre mars 1986 et 1988, alors qu'Alain
CARIGNON était ministre.
08 avril 1995
Philippe COURROYE rejette une nouvelle demande de mise en liberté formulée
par les avocats d'Alain CARIGNON.
18 avril 1995
Conformément aux réquisitions du parquet, Philippe COURROYE rend
une ordonnance renvoyant tous les prévenus de l'affaire CARIGNON devant
le tribunal correctionnel de Lyon. Dans son ordonnance de cent pages, le juge
souligne notamment « l'extrême gravité du trouble causé à l'ordre
public par le processus de corruption impliquant un élu (...) en
monnayant un acte de la fonction qui lui a été confiée par
le suffrage, la personne investie d'une parcelle de l'autorité publique
contourne les règles de transparence et de concurrence, fondement de l'économie
de marché, discrédite sa légitimité, sacrifie l'intérêt
général au profit d'intérêts particuliers et trahit
les devoirs de sa charge. » Devant les arguments de la défense
il ajoute « qu'en contradiction avec les démentis sommaires et
systématiques opposés par Alain CARIGNON à l'intégralité des
faits qui lui étaient reprochés, les multiples charges résultant
du dossier viennent administrer la preuve de la mauvaise foi et de la prévarication
du maire de Grenoble. »
04 mai 1995
Georges SUFFERT, dans un article du Figaro, parle « d'une vie pulvérisée par ce qu'on désigne du terme
de justice. »
05 juin 1995
Lettre de départ de la mairie de Grenoble d'Alain CARIGNON (lettre ouverte
aux Grenoblois) :
« Alain CARIGNON
Grenoble, le 05 juin 1995
Madame, Mademoiselle, Monsieur,
C'est un homme honnête, en paix avec sa conscience qui s'adresse à vous à cet
instant.
J'ai souhaité le faire personnellement auprès de chacun de vous
aujourd'hui, comme j'en ai déjà eu la volonté par le passé.
La raison en est la décision que j'ai prise récemment de ne pas
solliciter vos suffrages les 11 et 18 juin prochains à l'occasion des élections
municipales de Grenoble.
Même si ma candidature était possible, elle ferait de notre ville
l'otage d'une procédure judiciaire en cours, ce que je refuse absolument
au regard du chemin que nous avons parcouru ensemble depuis douze ans.
En effet, j'ai la certitude que ce que nous avons accompli jusque-là en
commun pour Grenoble sera reconnu par le temps : notre ville bénéficie
d'une situation financière très saine ; d'un endettement faible
; elle a réussi le tour de force d'investir pendant la récession
pour soutenir l'activité sans lever de taxes nouvelles et elle a rejoint
la moyenne des villes françaises en matière d'impôts locaux alors
que je l'avais trouvée en haut du tableau en 1983 ! Dans la dernière
période, Grenoble est la seule ville de France qui ne soit pas capitale
régionale à avoir conquis une place dans le peloton des villes
européennes en capacité à jouer un rôle important dans la
compétition de l'an 2000. Et comme l'INSEE l'a noté, elle a réussi
cette performance en conservant une mixité de population grâce à sa
politique d'habitat diversifié. Enfin, parmi les grandes villes, elle
est celle qui a le moins privatisé de fonctions et elle bénéficie
donc d'un vaste service public performant et complet.
Je tiens à vous le dire à nouveau, aucune de mes décisions
n'a été prise en fonction d'un intérêt personnel, toutes
l'ont été dans l'intérêt de Grenoble.
Je dois à Grenoble et aux Grenoblois parmi les plus belles années
de ma vie : quoi qu'il me soit arrivé de terrible depuis dix mois, personne
n'a jamais pu remettre en cause la profondeur et la qualité de ce que
nous avons vécu ensemble. Ni abîmer mes sentiments pour cette ville. C'est
la ville où j'ai choisi de vivre et que je sais aimer jusqu'à mon
dernier souffle.
Pendant ce nouveau combat qui s'ouvre devant moi, le plus difficile de ma vie,
vous pourrez toujours compter sur mon appui et sur ma présence, comme
je l'ai toujours fait.
Je vous assure de mon entier dévouement.
Bien fidèlement,
Alain CARIGNON. »
12 juin 1995
Arrêt de la cour
de cassation (chambre criminelle) du 12 juin 1995 pourvoi n° 95-81587
Pourvoi d'Alain CARIGNON devenu sans objet.
Arrêt de la cour
de cassation (chambre criminelle) du 12 juin 1995 pourvoi n° 95-81849
Pourvoi d'Alain CARIGNON devenu sans objet.
26 juin 1995
Arrêt de la cour
de cassation (chambre criminelle) du 26 juin 1995 pourvoi n° 95-82333
Rejet des pourvois d'Alain CARIGNON, Jean-Louis DUTARET, Jean-Jacques PROMPSY
et Louis BERA.
Arrêt de la cour
de cassation (chambre criminelle) du 26 juin 1995 pourvoi n° 95-83119 et
n° 95-83120
Pourvoi d'Alain CARIGNON devenu sans objet.
21 septembre 1995
Lettre de Jérôme MONOD aux responsables de la LYONNAISE DES EAUX
qu'il préside :
« Le lundi 25 septembre prochain, à Lyon, débutera le "procès
Carignon". Notre groupe va de nouveau se trouver attaqué et connaître
une période de turbulences. Je tenais à vous faire part de l'état
d'esprit de la direction générale à la veille de ce procès.
Sachez
que nous apporterons tout notre soutien aux personnes du groupe mises en cause
pour des faits passés et cela, pendant et après le procès,
car nous avons la conviction qu'ils ne se sont rendus coupables d'aucune infraction.
(...) Au nom de la direction générale, je vous remercie de contribuer
quotidiennement au développement de la LYONNAISE DES EAUX et d'être,
dans votre vie professionnelle et personnelle, les porte-parole de nos valeurs. »
25 septembre au 29 septembre et 02 octobre au 06 octobre 1995
Audiences publiques du tribunal correctionnel de Lyon (6° chambre du tribunal
de grande instance). Le jugement sera rendu le 16 novembre 1995.
16 novembre 1995
Tribunal correctionnel
de Lyon (6ème chambre
du tribunal de grande instance) jugement du 16 novembre 1995 n° 7579
Les corrompus sont condamnés sur le fond à :
- Alain CARIGNON : 5 ans d'emprisonnement dont 2 ans avec sursis, 400 000 francs
d'amende et 5 ans
d'inéligibilité
- Jean-Louis DUTARET : 4 ans d'emprisonnement dont 2 ans avec sursis et
400 000 francs d'amende
- Claudine DUTARET épouse MEINNIER : 18 mois d'emprisonnement avec sursis
et 70 000 francs d'amende
- Frédéric MOUGEOLLE : 18 mois d'emprisonnement avec sursis et
70 000 francs d'amende
- Marc-Michel MERLIN : 4 ans d'emprisonnement dont 3 ans avec sursis et
1 000 000 francs d'amende
- Pierre MERLIN : 6 mois d'emprisonnement avec sursis et
50 000 francs d'amende
- Jean-Jacques PROMPSY : 4 ans d'emprisonnement avec sursis et
400 000 francs d'amende
- Louis BERA : 1 an d'emprisonnement avec sursis et
70 000 francs d'amende
Les parties civiles (101 usagers de l'eau, associations de consommateurs et ville
de Grenoble) sont déboutées.
Sur la peine, les magistrats diront :
« Les corrupteurs actifs Marc-Michel MERLIN et Jean-Jacques
PROMPSY sont en recherche permanente de tout nouveau marché d'importance
pour leurs sociétés,
ils livrent une bataille économique continuelle pour faire prospérer
leurs entreprises. Compte tenu des enjeux, ils ont dépassé le cadre "classique" de
l'abus de biens sociaux en déclenchant par la spirale folle de l'argent
le processus de corruption. Ils ont l'argent pour corrompre. Ils ont beaucoup
d'argent. Ils participent à une dérive considérable qui
touche et gangrène petit à petit le monde économique et
le monde politique : payer pour obtenir un marché.
En face, il y a l'élu,
le corrompu, Alain CARIGNON qui a le pouvoir, en tant que maire, de concéder
un marché. Il exerce ce pouvoir
seul, les garanties éventuelles (vote et contrôle par le conseil
municipal, recours administratifs) n'existent pas compte tenu de la toute puissance
politique d'Alain CARIGNON, de sa majorité politique au conseil municipal
de Grenoble et des recours administratifs postérieurs.
Il est en situation
de résister aux sollicitations continuelles des
entreprises ou de se laisser corrompre pour devenir un acteur du processus de
corruption, celui qui concède un marché en échange de contreparties.
Sa
responsabilité est bien plus grande que celle des corrupteurs actifs.
[Alain CARIGNON]
est l'élu.
Il est élu par les citoyens grenoblois à l'une
des tâches
la plus noble dans une démocratie, la fonction de maire. Il est au surplus
conseiller général, ministre.
Il a la confiance de ses concitoyens
grenoblois et dauphinois qui par ailleurs le décrivent comme un bon maire.
Il
n'a pas le droit de trahir leur confiance, issue de leur bulletin de vote. Une
fonction tirée du suffrage du peuple est sacrée et ne peut-être
monnayée.
Se maintenir au pouvoir à tout prix, en acceptant de violer
cette confiance n'est pas digne de ce pouvoir qu'Alain CARIGNON tient du peuple.
Alain
CARIGNON a commis l'acte le plus grave pour un élu, vendre une
parcelle de son pouvoir à des groupes privés et en accepter des
avantages considérables.
Alain CARIGNON a perdu tout repère et s'est
laissé entraîner
dans un tourbillon qu'il ne maîtrisait plus.
Le délit de corruption
qu'il a commis attente profondément aux
valeurs de la République et mine la confiance des citoyens dans ce noble
métier qu'est l'administration de la cité et par là, la
politique. »
Sur l'amnistie des délits en relation avec le financement
des partis politiques : « Alain CARIGNON, homme politique bien implanté dans
l'Isère,
n'a aucunement besoin d'un appartement parisien pour organiser sa vie politique
dauphinoise. Cet appartement sert, entre 1986 et 1988, à ses activités
personnelles et n'a aucune relation avec le financement d'un parti politique
ou d'une campagne électorale dans le Dauphiné. Alain CARIGNON
n'exerce pas, entre 1986 et 1988, de responsabilités politiques nationales
au RPR.
La croisière sur la goélette Bohème II n'est pas
non plus en relation avec l'activité politique ou à la préparation
d'échéances électorales. Il s'agit d'un voyage d'agrément.
Les
vols SINAIR (...) ne sont pas plus en relation avec les activités électorales
(voyage à Bastia, Ajaccio, Malaga...), et ne servent pas à préparer
des élections dans le Dauphiné ou à financer le travail
d'un parti politique. (...) Si cela correspondait à des activités
politiques ou électorales, ils auraient dû être pris en charge
par le RPR, par la mairie de Grenoble ou le conseil général de
l'Isère. Il n'est pas acceptable qu'un homme politique utilise de manière
aussi intensive des heures de vols mises à sa disposition par une compagnie
privée payées par un groupe industriel. »
24 novembre 1995
Chambre régionale
des comptes Rhône-Alpes lettre
d'observations définitives
du 24 novembre 1995 sur la gestion des services de l'eau et de l'assainissement
de la commune de Grenoble
« Il existe ainsi de solides raisons de renégocier les conventions
d'affermage afin de redresser leur économie dans l'intérêt
des usagers de la ville de Grenoble. »
05 décembre 1995
Des Grenoblois publient le livre Affaire Carignon,
le jugement. Texte intégral
du jugement rendu par le tribunal correctionnel de Lyon le 16 novembre 1995.
Alain CARIGNON demandera lors de son procès devant la 7ème chambre
A de la cour
d'appel de Lyon (arrêt du 09 juillet 1996) que « cesse la diffusion
sur le territoire français [de ce livre, et qu'en attendant, les débats
soient renvoyés] à une date postérieure à la cessation
de [sa] diffusion, afin qu'ils puissent se dérouler dans la sérénité nécessaire. » Les
magistrats répondront qu'une telle décision est soumise à la
censure de la cour et qu'ils ne disposent d'aucun moyen juridique pour « cesser
une telle publication dont il n'est pas démontré qu'elle est de
nature à troubler la sérénité des débats. » Il
jugeront la demande de renvoi de l'affaire après la cessation de la
publication « injustifiée » et la rejetteront.
Mai 1996
Lettre ouverte d'Alain CARIGNON publiée dans le n° 17 du mensuel Isère
Magazine :
« Alors que mon départ du conseil général
avait été annoncé à plusieurs reprises par ceux qui
l'attendaient depuis dix ans, que j'avais moi-même confirmé dans
ces colonnes mon intention de remettre mon mandat, j'ai décidé d'assumer
les fonctions qui m'ont été confiées, conformément à la
Loi républicaine.
Je l'ai décidé pour plusieurs raisons. Tout d'abord entre mon intention
de démissionner annoncée en novembre [1995] et aujourd'hui, de
nombreux événements judiciaires ont affecté les hommes politiques
: certains ont été condamnés en appel pour complicité de
trafic d'influence, d'autres ont été placés en détention
provisoire ou entendus sur des affaires similaires de financement politique.
Aucun d'entre eux n'a arrêté la vie publique. La plupart ont reçu
un soutien public de leurs amis politiques. Me retirer signifierait faire exception
dans le paysage politique et justifier la campagne de dénigrement entreprise
par quelques uns contre Grenoble et l'Isère. Ils ne cessent d'expliquer
qu'il s'agissait ici d'une situation exceptionnelle. Or en Isère et à Grenoble
en matière de financement de la vie publique, à droite comme à gauche
- toute la droite comme toute la gauche sans aucune exception - a bénéficié d'un
financement par les entreprises lorsqu'il n'y avait pas de loi. Démissionner
eut été justifier un caractère exceptionnel de l'Isère,
sans aucun rapport avec la réalité.
Au mois de novembre [1995] en annonçant que je me présenterai sans
mandat électif devant la cour d'appel de Lyon, je ne pensais pas que cette
décision serait reçue comme une forme de reconnaissance de culpabilité.
Or je suis innocent des faits qui me sont reprochés. Oui j'ai bénéficié,
comme les autres hommes politiques et partis, du soutien des entreprises pour
mon activité politique. Non je n'ai jamais échangé un acte
de mes mandats contre ce soutien. De plus, comme cela a été établi,
je n'ai bénéficié d'aucun enrichissement personnel.
Enfin, des centaines d'élus locaux (maires, adjoints et conseillers municipaux),
des milliers d'habitants de l'Isère et de Grenoble à l'initiative
de onze conseillers généraux, m'ont lancé un appel que je
n'oublierai jamais : il en faut du courage, de la ténacité et des
convictions pour braver l'ordre établi, la puissance des médias
et la désinformation systématique. Je remercie chacun de tout coeur.
Cette mise au point étant faite, ce qui nous importe concerne le fonctionnement
du conseil général : la séance du 26 avril qui a abordé les
problèmes urgents (la route Clelles-Mens, la piste cyclable Grenoble-Saint
Quentin, l'aide aux petites communes...) a montré que la majorité départementale,
au-delà de ses divergences d'analyser, avait la volonté de travailler
au service de l'Isère. Des conseillers généraux souhaitaient
compléter la commission permanente afin de permettre à celle-ci
de fonctionner dans des conditions de représentativité incontestables.
Je me réjouis de cette volonté de chacun d'exercer sa mission en
toute indépendance et liberté.
Par ailleurs, afin d'améliorer encore la transparence et l'équité dans
le fonctionnement du conseil général, j'ai proposé que soit
soumise à la conférence des présidents de groupes politiques
(opposition et majorité) la liste des dossiers soumis à l'ordre
du jour de chaque réunion de l'assemblée départementale.
Ainsi que la commission permanente composée à la proportionnelle
intégrale du conseil général, c'est à dire que chaque
groupe politique est représenté en fonction de son nombre d'élus,
se réunisse toutes les trois semaines pour que lui soient soumises toutes
les décisions concernant le fonctionnement du conseil général.
Enfin, pendant cette agitation politique, nous poursuivons notre travail essentiel
de recherche d'implantations d'entreprises afin de créer des emplois dans
l'Isère. Après nos succès de la dernière décennie
(VALEO, SAINT-GOBAIN, SCI pour ne citer que les plus importants), d'autres
se profilent et nous devons réussir. Car l'attractivité de l'Isère
dépend de la mobilisation de ses acteurs. Le conseil général
ne devrait pas être le seul sur ce terrain et il espère que les
autres collectivités et administrations prendront leur part financière
pour que les succès d'hier soient renouvelés demain. Voilà le
voeu que je formule pour l'emploi dans l'Isère. »
20 mai au 24 mai et 28 mai au 31 mai 1996
Audiences publiques de la cour d'appel de Lyon (7ème chambre A, chambre correctionnelle).
L'arrêt sera rendu le 09 juillet 1996.
09 juillet 1996
Arrêt de la Cour
d'appel de Lyon (7ème chambre A correctionnelle) du 09 juillet 1996
« Attendu qu'Alain CARIGNON, élu du peuple depuis vingt
ans, a bénéficié de la confiance d'une part de ses concitoyens
et d'autre part des plus hautes autorités de l'État qui l'ont appelé, à deux
reprises, à occuper des fonctions ministérielles ; que les éminentes
tâches, qui lui ont ainsi été dévolues, auraient dû le
conduire à avoir un comportement au dessus de tout soupçon ; qu'au
lieu de cela il n'a pas hésité à trahir la confiance que
ses électeurs lui manifestaient, en monnayant le pouvoir de maire qu'il
tenait du suffrage universel, afin de bénéficier d'avantages matériels
qui se sont élevés à 19 073 150 francs (2 907 683 euros)
et de satisfaire ses ambitions personnelles ; qu'il a ainsi commis l'acte le
plus grave qui puisse être reproché à un élu ; qu'un
tel comportement est de nature à fragiliser les institutions démocratiques
et à faire perdre aux citoyens la confiance qu'il doivent avoir en des
hommes qu'ils ont choisis pour exercer le pouvoir politique. (...) [Pendant] l'information, Alain CARIGNON a tenté,
abusant des fonctions ministérielles qu'il exerçait alors, d'égarer
la justice, en usant de pressions sur un témoin afin qu'il modifie sa
déclaration dans un sens qui lui était favorable ; [un] tel comportement
venant d'un représentant de l'État est d'une particulière
gravité[. (...) L'attitude] d'Alain CARIGNON au cours de l'information
et lors des débats devant la cour, qui a consisté à mettre
en cause d'autres hommes politiques, élus ou anciens ministres, et à leur
imputer des faits similaires à ceux dont il s'est rendu coupable, ne peut
que contribuer à fragiliser dans l'opinion l'image des hommes chargés
de conduire la politique de la nation et à déstabiliser les institutions
de l'État[. (...) La] gravité des faits, dont Alain CARIGNON a été déclaré coupable,
et la persistance de son comportement troublent encore l'ordre public fondé sur
la confiance que chaque citoyen doit avoir envers les institutions, politiques
et sociales qui, établies par la loi, régissent l'État,
et les hommes qui ont reçu mandat d'en être les garants ; [il]
convient d'y mettre fin en assurant l'exécution immédiate de la
décision et de décerner, Alain CARIGNON étant absent à la
lecture de la décision, un mandat d'arrêt à son encontre. »
Les peines prononcées par le tribunal correctionnel de Lyon le 16
novembre 1995 sont alourdies compte tenu de la gravité des
faits :
- Alain CARIGNON : 5 ans d'emprisonnement dont 1 an avec sursis,
400 000 francs d'amende, interdiction du droit de vote et d'éligibilité pour
une durée de 5 ans. Un mandat d'arrêt est décerné à son
encontre
- Jean-Louis DUTARET : 4 ans d'emprisonnement dont 1 an avec sursis, 400 000
francs d'amende, interdiction de tous les droits civiques, civils et de famille
pour une durée de 5 ans
- Jean-Jacques PROMPSY : 3 ans d'emprisonnement dont 2 ans avec sursis et 400
000 francs d'amende
- Marc-Michel MERLIN : 4 ans d'emprisonnement dont 3 ans avec sursis et 1 000
000 francs d'amende
- Frédéric MOUGEOLLE : 18 mois d'emprisonnement avec sursis et
70 000 francs d'amende
- Claudine DUTARET épouse MEINNIER : 18 mois d'emprisonnement avec sursis
et 70 000 francs d'amende
- Louis BERA : 1 an d'emprisonnement avec sursis et 70 000 francs d'amende
- Pierre MERLIN : 6 mois d'emprisonnement avec sursis et 50 000 francs d'amende
Les parties civiles sont à nouveau déboutées de leurs demandes.
1er octobre 1997
Arrêt
du Conseil
d'État (statuant au contentieux, 7ème et 10ème sous-sections
réunies) du 1er octobre 1997 n° 133849
« Considérant qu'il ressort de l'ensemble des pièces du
dossier, et notamment des constatations de fait opérées dans le
cadre de la procédure pénale ayant donné lieu à l'arrêt
du 9 juillet 1996, par lequel la cour d'appel de Lyon a jugé, notamment,
que les contrats signés par le maire de Grenoble le 3 novembre 1989, en
exécution de la délibération attaquée, étaient
la contrepartie de délits d'abus de biens sociaux, que les motifs réels
de la délibération attaquée ont été dissimulés
aux membres du conseil municipal et que l'information fournie à ceux-ci
a été de nature à les induire en erreur sur la portée
des contrats soumis à délibération. »
27 octobre 1997
Arrêt de la cour
de cassation (chambre criminelle) du 27 octobre 1997 n° 96-83.698
Rejet des pourvois d'Alain CARIGNON, Jean-Louis DUTARET, Frédéric
MOUGEOLLE, Louis BERA et Jean-Jacques PROMPSY. Cassation partielle sur le pourvoi
formé par l'UNION FÉDÉRALE
DES CONSOMMATEURS QUE CHOISIR (UFC 38) concernant l'atteinte à l'intérêt
collectif des consommateurs lors des délits de corruption active et passive.
10 mars 1998
Jugement du tribunal d'instance
de Grenoble du 10 mars 1998
n° 11.97.00686
Question préjudicielle sur la légalité des tarifs facturés
aux usagers entre le 30 octobre 1989 et le 31 décembre 1995.
05 mai 1998
Alain CARIGNON est libéré de prison.
2,9 millions d'euros entre 1984 et 1993 : voyages en avion
taxi, croisière
de luxe en Méditerranée, leçons d'anglais, appartement de
280 m2 à Paris,
journaux électoraux renfloués (Dauphiné News et News
Gratuit)... Subornation des témoins... Alain CARIGNON n'a jamais reconnu le caractère personnel
des avantages dont il a bénéficié en déléguant
le service des eaux de Grenoble. Il a toujours affirmé avoir été la
victime d'un système
de financement des partis. Il continue aujourd'hui. C'est
en utilisant le mensonge comme outil de communication qu'il fait son retour en
politique...
10 juin 1998
Arrêt de la cour
d'appel de Chambéry (chambre correctionnelle) du 10 juin 1998 dossier
n° 98/00180
arrêt
n° 98/419
« La cour de cassation a renvoyé la cause et les parties devant
la présente juridiction ; Marc-Michel MERLIN reste donc partie
au procès, même s'il n'était pas l'auteur du pourvoi. La
concession du service de l'eau de la ville de Grenoble a été effectuée
uniquement parce que la COGESE, via le groupe MERLIN et la société LYONNAISE
DES EAUX était en mesure de procurer au maire [Alain CARIGNON] les dons
et avantages à usage
personnel. Il résulte de cette manière de procéder, incompatible
avec une concurrence saine et loyale entre les différents prestataires
d'eau, et contraire à l'intérêt général des
consommateurs, représentés par l'UNION FÉDÉRALE DES
CONSOMMATEURS QUE CHOISIR (UFC 38), un préjudice distinct à la
fois du préjudice matériel de chacun d'eux, et du préjudice
social réprimé par l'action publique. »
02 mars 1999
Jugement du tribunal d'instance
de Grenoble du 02 mars
1999 n° 11-98-000049
« Attendu que la seule référence au "tarif approuvé par
les autorités administratives compétentes"
sur le document remis à l'usager ne l'informe pas des conditions dans
lesquelles il peut en prendre connaissance ainsi que de son approbation par les
autorités administratives, qu'un tel défaut d'information peut être
reproché à la SA COGESE, débitrice d'un obligation de conseil
dans le cadre de la conclusion de tels contrats d'adhésion ; qu'il constitue,
ensuite, une faute dans l'exécution contractuelle de bonne foi imposée
par les articles 1134 et 1135 du code civil. »
Le juge condamnera la société COGESE à rembourser à l'usager
les 50,36
euros (330,31 francs à l'époque) trop perçus au titre de
la facturation rétroactive.
08 avril 1999
Arrêt de la cour
de cassation (chambre criminelle) du 08 avril 1999 pourvoi n\060 98-84539
« La concession du service de l'eau de la ville de Grenoble a été attribuée
par [le maire] Alain CARIGNON à la société COGESE (...)
uniquement parce qu'elle était en mesure de [lui] procurer les dons et
avantages personnels promis. Les juges retiennent en se fondant sur les conclusions du rapport
de la chambre régionale des comptes que la commune a accepté de
fournir au concessionnaire des moyens beaucoup plus importants que ceux employés
auparavant et qu'elle a consenti à ce que les usagers supportent au bénéfice
de la société COGESE des augmentations de tarifs programmées à l'avance
et non justifiées dans les contrats conclus ; les juges en déduisent
que les agissements des prévenus sont en lien avec lesdites augmentations
de tarifs ; ils concluent que les usagers de l'eau de la ville de Grenoble, représentés
par l'UNION FÉDÉRALE DES CONSOMMATEURS QUE CHOISIR (UFC 38), ont
subi un préjudice collectif distinct à la fois du préjudice
matériel de chacun d'eux et du préjudice social relevant de l'action
publique. »
12 mai 1999
Jugement du tribunal administratif
de Grenoble (1ère chambre) du 12 mai 1999
n° 982087
« Conventions litigieuses ayant mis à la charge du délégataire
des sommes étrangères aux services de l'eau et de l'assainissement
(...) dépenses répercutées sur le tarif payé par
les usagers. »
20 mars 2000
Le conseil municipal de la ville de Grenoble vote le retour en régie pour la production, l'adduction et la distribution d'eau potable, sous la forme de la régie dotée de la personnalité morale et de l'autonomie financière.
22 octobre 2000
Alain CARIGNON dans Le Figaro :
« L'oubli est constructif. Seul il permet de regarder l'avenir avec
confiance. (...) [La] volonté de soumission et d'infantilisation du plus grand nombre
sous la formule littéralement absurde de "l'État de droit" à laquelle
il faudra aussi faire un sort. »
Novembre 2000
Alain CARIGNON dans Objectifs Rhône-Alpes
: « Il y a un concours de circonstances avec un juge qui avait décidé d'avoir
ma tête avec la complicité d'un journaliste et l'accord tacite
du pouvoir politique. Et j'ai été la cible de cette alliance
d'intérêts. (...) [Je pense toujours être crédible
auprès des Grenoblois]. J'ai le sentiment qu'il y a toujours
eu un lien particulier entre les Grenoblois et moi. Un lien qui n'a jamais été rompu,
malgré tout ce qu'on a pu raconter sur moi. C'est un lien fort qui me
donne une certaine légitimité aujourd'hui, pour revenir dans
le débat politique. (...) J'ai même la prétention de penser
que j'ai plus de légitimité que certains élus actuels. »
Aux journalistes Laurent GOUDET et Raphaël BRUN qui lui demandent s'il
n'a jamais imaginé avouer publiquement ses fautes, Alain CARIGNON répond
: « A ceux qui me croient coupable, je dirai que j'ai payé ma
dette à la société et que j'ai le droit aujourd'hui de
participer à la vie publique. A ceux qui savent que j'ai été injustement
condamné, je dirai que cette injustice va être bientôt effacée.
(...) Je refuse de demander pardon pour une faute que je n'ai pas commise.
(...) J'ai été condamné pour avoir fait ce que beaucoup
d'autres hommes politiques ont fait : organiser le financement de leur parti à une époque
où il n'y avait pas d'autre solution. Ce qu'ont fait avant moi ceux
de gauche et tous ceux qui m'ont précédé. »
04 décembre 2000
Alain CARIGNON dans Le Dauphiné Libéré : « D'après
un récent sondage, 40 % des Grenoblois me font confiance. C'est extraordinaire
quand on sait tout ce qu'on a dit de moi pendant cinq ans. »
20 novembre 2001
Arrêt de la cour de cassation (1ère
chambre civile) du 20 novembre 2001 n° 1770 F-D pourvoi
n°
V 99-13.73
« Faute d'avoir fourni une information suffisante à son cocontractant
sur les conditions de détermination du prix de la fourniture d'eau, la
COGESE ne pouvait arguer d'un accord sur la clause d'indexation (...) le tribunal
d'instance n'a pas modifié l'objet du litige ni violé
le principe de contradiction et a légalement justifié sa décision. »
Le jugement du tribunal d'instance de Grenoble du 02 mars 1999 est confirmé :
la facturation rétroactive mise en oeuvre par la société COGESE
pendant les cinq années de délégation était illégale.
11 décembre 2001
Alain CARIGNON dans Le Dauphiné Libéré :
« La transparence, en politique, est un gros mensonge. Il faut séparer
morale et politique. L'élu doit être éloigné du terrain
pour aller à l'essentiel. »
04 octobre 2002
Interview d'Alain CARIGNON par Charles JAIGU dans Le Point (n° 1568).
Le journaliste lui demande s'il a des regrets concernant les années
pendant lesquelles il a dominé la
politique
à Grenoble et en Isère. Alain CARIGNON répond : « Il
n'y a pas d'actions sans regrets. Qui peut être certain d'avoir toujours
donné le
meilleur de lui-même
? Comme toute existence, la mienne contient évidemment son lot de petites
lâchetés et
d'abandons. Mais ce qui me fait mal aujourd'hui, c'est de voir Grenoble vivre
sans solidarité, sans sentiment d'appartenance, sans fierté collective,
sans objectif partagé. Ce sont mes regrets d'aujourd'hui. »
27 octobre 2002
Fin des cinq années d'inéligibilité d'Alain CARIGNON.
28 octobre 2002
Alain CARIGNON
se réinscrit sur les listes électorales.
12 décembre 2002
Alain CARIGNON dans L'Essentiel :
« L'exigence de transparence empêche de prendre des décisions
qui changent le cours des choses : elles ont besoin de mystère, de secret,
de surprise. Il faut parfois cacher ses intentions pour être efficace. »
12 avril 2003
Avec 72,5 % des suffrages, Alain
CARIGNON est élu président du comité départemental
de l'UMP.
Il adressera une lettre aux Grenoblois :
« De la part d'Alain CARIGNON
Ancien ministre
Président de l'UMP Isère
Madame, Mademoiselle, Monsieur,
Si je m'adresse à vous aujourd'hui, fort de la confiance de l'UMP,
c'est parce que je n'ai cessé de penser à notre ville et aux Grenoblois.
Ces huit dernières années, tous les sentiments possibles m'ont
traversé l'esprit.
J'ai observé ce qui s'accomplissait, supporté silencieusement toutes
les critiques, souffert pour Grenoble. Huit années au cours desquelles,
j'ai eu le temps de réfléchir à ce qui était arrivé.
Je n'ai de ressentiment à l'égard de personne, si ce n'est envers
moi-même pour mon manque de vigilance.
Avec une équipe, j'ai animé la ville durant 12 ans. Grenoble était
alors citée en exemple. Grenoble gagnait ! (...) Grenoble pouvait rêver,
faire la fête. Notre ville était aimée, enviée dans
toute l'Europe.
Depuis, Grenoble est rentrée dans le rang des villes
ordinaires. (...) Aujourd'hui, les Grenoblois attendent un véritable projet
pour leur ville. (...) Je vous prie de croire, Madame, Mademoiselle, Monsieur,
en mon entier dévouement
au service de notre ville. »
Sources :
- Tribunal correctionnel de Lyon (6ème chambre du tribunal de grande instance) jugement du 16 novembre 1995 n° 7579 Ministère public c/ Frédéric MOUGEOLLE, Jean-Jacques PROMPSY, Louis BERA, Marc-Michel MERLIN, Alain CARIGNON, Jean-Louis DUTARET, Claudine DUTARET épouse MEINNIER, Pierre MERLIN.
- Cour d'appel de Lyon (7ème chambre A correctionnelle) arrêt du 09 juillet 1996 Ministère public c/ Louis BERA, Alain CARIGNON, Claudine DUTARET épouse MEINNIER, Jean-Louis DUTARET, Marc-Michel MERLIN, Pierre MERLIN, Frédéric MOUGEOLLE, Jean-Jacques PROMPSY.
- Une saison
dans la nuit (Éditions Grasset 1 Fasquelle) par Alain CARIGNON - 1995.
- Le système CARIGNON (La découverte enquêtes) par Raymond
AVRILLIER et Philippe DESCAMPS - 1995.
- Le juge et le ministre, le face à face Philippe COURROYE-Alain CARIGNON : une affaire d'État (Robert Laffont) par Éliane BEGUE et Florence
DELATTRE - 1995.
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